Nichée au cœur de la Touraine, Loches semble figée dans le temps.
Cette petite ville d’à peine 7 000 habitants possède l’un des ensembles médiévaux les mieux conservés de France.
J’ai eu la chance de m’y perdre plusieurs jours lors d’un séjour en Val de Loire.
Entre son imposant donjon qui domine la vallée de l’Indre depuis près de mille ans, ses remparts intacts et ses ruelles pavées, Loches m’a transporté directement au Moyen Âge, mais avec tout le confort moderne.
La ville conjugue patrimoine exceptionnel et douceur de vivre tourangelle dans un équilibre rare.
Histoire et patrimoine de la cité royale de Loches
Loches doit sa renommée à sa cité royale, un ensemble architectural remarquable perché sur un éperon rocheux qui surplombe la vallée de l’Indre. Cette position stratégique explique pourquoi le site fut fortifié dès l’époque gallo-romaine. Mais c’est au Moyen Âge que Loches prend toute son importance.
Le donjon de Loches : un géant de pierre millénaire
Point culminant de la ville, le donjon de Loches impressionne par ses dimensions. Haut de 36 mètres, avec des murs épais de 2,5 mètres, il compte parmi les plus grands et les plus anciens donjons romans d’Europe. Construit vers l’an 1000 par Foulques Nerra, comte d’Anjou, cette tour massive servait à la fois de résidence seigneuriale et de forteresse défensive.
En gravissant ses 160 marches, j’ai découvert plusieurs niveaux qui témoignent de la vie médiévale, mais aussi de l’époque où le donjon servit de prison royale. Les graffitis laissés par les prisonniers sur les murs constituent un témoignage émouvant. La terrasse sommitale offre une vue panoramique époustouflante sur la ville et les paysages environnants de la Touraine.
Le logis royal : demeure des rois de France
À quelques pas du donjon se dresse le logis royal, bien plus raffiné. Cette résidence royale construite sous Charles VII au XVe siècle témoigne de l’importance politique qu’avait Loches pendant la guerre de Cent Ans. C’est ici que Jeanne d’Arc vint rencontrer le futur roi Charles VII après la victoire d’Orléans en 1429.
Le logis abrite notamment :
- L’oratoire d’Anne de Bretagne, décoré de peintures murales d’époque
- La salle du conseil, où Charles VII recevait ses conseillers
- Le cabinet de Louis XII, avec son plafond à caissons richement ornés
J’ai été particulièrement marqué par le tombeau d’Agnès Sorel, favorite de Charles VII, dont l’effigie en marbre blanc repose dans une salle du logis. Sa présence rappelle l’importance des femmes qui ont influencé l’histoire de Loches.
La collégiale Saint-Ours : joyau de l’art roman
Complétant cet ensemble monumental, la collégiale Saint-Ours (anciennement Notre-Dame) est un chef-d’œuvre de l’architecture romane. Sa caractéristique la plus remarquable est sans conteste ses deux pyramides creuses, appelées « dubes », qui couvrent la nef au lieu des traditionnelles voûtes. Cette solution architecturale unique en France date du XIIe siècle.
Le portail roman de la collégiale présente un tympan sculpté représentant l’Ascension du Christ, tandis qu’à l’intérieur, on peut admirer un tableau attribué à Rubens. La visite de cet édifice m’a permis d’apprécier la finesse de l’art roman et l’acoustique exceptionnelle des lieux.
Flânerie dans les rues de la ville médiévale
Si la cité royale constitue le cœur historique de Loches, la ville basse mérite tout autant qu’on s’y attarde. Descendre de l’éperon rocheux vers la vallée, c’est parcourir plusieurs siècles d’histoire à travers des ruelles pittoresques.
La porte des Cordeliers et les remparts
Pour accéder à la ville basse, j’ai emprunté la porte des Cordeliers, l’une des entrées principales de la cité médiévale. Cette porte fortifiée du XIIIe siècle, flanquée de deux tours, fait partie des 3 kilomètres de remparts qui ceinturent encore la vieille ville. Me promener le long de ces fortifications m’a permis de mesurer l’importance stratégique qu’avait Loches au Moyen Âge.
Les maisons à colombages et hôtels particuliers
Dans les rues étroites et sinueuses du centre historique, les maisons à colombages côtoient d’élégants hôtels particuliers de la Renaissance. La rue Picois, notamment, offre un ensemble remarquable d’architecture médiévale et Renaissance. J’ai été frappé par la Chancellerie, un bâtiment du XVIe siècle dont la façade sculptée témoigne de l’influence italienne.
La maison du Centaure, quant à elle, doit son nom au bas-relief qui orne sa façade. Ces demeures anciennes, soigneusement restaurées, abritent aujourd’hui des commerces, des restaurants ou des galeries d’art qui animent le centre-ville.
La Tour Saint-Antoine : sentinelle de la ville
Impossible de manquer la Tour Saint-Antoine, ce clocher-beffroi de 52 mètres qui domine la ville basse. Construite au XVIe siècle dans un style gothique flamboyant, elle servait à la fois de clocher pour l’église voisine (aujourd’hui disparue) et de tour de guet. J’ai gravi ses 160 marches pour découvrir une vue alternative sur la cité royale et la vallée de l’Indre.
Les paysages naturels autour de Loches
Au-delà de son patrimoine architectural, Loches séduit par la beauté de ses paysages environnants. La ville s’insère harmonieusement dans un écrin de verdure typique de la Touraine.
La vallée de l’Indre : poumon vert de la région
La rivière Indre serpente au pied de la cité médiévale, créant une vallée verdoyante qui contraste avec la pierre des monuments. Les prairies humides qui bordent la rivière constituent un écosystème riche, habitat de nombreuses espèces d’oiseaux.
J’ai parcouru à vélo une partie de la voie verte qui suit l’ancienne voie ferrée le long de l’Indre. Ce parcours de 26 kilomètres entre Loches et Chédigny offre des points de vue remarquables sur la campagne tourangelle et permet d’accéder à des coins de baignade appréciés des locaux en été.
La forêt domaniale de Loches : un trésor naturel
À quelques kilomètres de la ville s’étend la forêt domaniale de Loches, l’une des plus belles futaies de chênes de France. Couvrant près de 3 600 hectares, cette forêt était autrefois un domaine de chasse royal. Aujourd’hui, ses allées rectilignes tracées au XVIIIe siècle invitent à la promenade.
Lors de ma randonnée dans cette forêt, j’ai été impressionné par certains chênes pluricentenaires, véritables cathédrales végétales. Le plus célèbre d’entre eux, le chêne de la Résistance, aurait plus de 300 ans. La forêt abrite des étangs, comme celui du Pas aux Ânes, qui ajoutent à la diversité des paysages.
Les vignobles de Touraine
Le territoire de Loches marque la limite sud des vignobles de Touraine. En parcourant les routes de campagne aux alentours, j’ai découvert des paysages vallonnés où les vignes alternent avec les vergers et les champs de céréales.
Plusieurs domaines viticoles proposent des dégustations de vins AOC Touraine, notamment des rouges issus du cépage Côt (Malbec) et des blancs de Sauvignon. J’ai particulièrement apprécié le vignoble de Chédigny, village voisin connu pour ses roses mais qui produit un vin confidentiel de qualité.
Visiter Loches : informations pratiques
Quand partir et comment s’y rendre
La meilleure période pour visiter Loches s’étend d’avril à octobre. Le printemps offre une nature en plein éveil, l’été permet de profiter des nombreuses animations médiévales, tandis que l’automne pare les paysages de couleurs flamboyantes.
Pour rejoindre Loches :
- En train : La gare SNCF de Loches est desservie par des TER depuis Tours (comptez environ 1h de trajet)
- En voiture : Loches se trouve à 40 km de Tours par la D943, à 50 km de Châteauroux et à environ 250 km de Paris
- En vélo : La ville est accessible via l’Indre à Vélo, itinéraire cyclable qui relie Azay-le-Rideau à Châteauroux
Où séjourner à Loches
La ville propose différentes options d’hébergement, du camping à l’hôtel de charme :
| Type d’hébergement | Avantages |
|---|---|
| Hôtels dans la cité médiévale | Charme historique, proximité des monuments |
| Chambres d’hôtes | Accueil personnalisé, maisons de caractère |
| Gîtes ruraux | Indépendance, immersion dans les paysages de Touraine |
| Camping municipal | Option économique, situé au bord de l’Indre |
J’ai personnellement séjourné dans une chambre d’hôtes située dans une demeure du XVe siècle au cœur de la ville médiévale, une expérience qui a renforcé l’immersion historique.
Événements et animations
Loches s’anime tout au long de l’année avec des événements qui mettent en valeur son patrimoine :
- Les Médiévales de Loches en juillet : reconstitutions historiques, marché médiéval et spectacles
- Le Son et Lumière de la cité royale en été : projection sur les façades du logis royal
- Le marché hebdomadaire du mercredi matin : l’un des plus importants marchés de la région
- Les Nocturnes du donjon : visites aux flambeaux proposées certains soirs d’été
Si vous visitez Loches un mercredi, ne manquez pas son marché qui s’étend dans toute la ville basse. J’y ai découvert des producteurs locaux passionnants et dégusté des spécialités tourangelles comme les rillettes, les fromages de chèvre et les fouées (petits pains cuits au four à bois).
Aux alentours : que voir près de Loches ?
Loches constitue une base idéale pour explorer d’autres sites remarquables de la Touraine :
Les châteaux de la Loire à proximité
Plusieurs châteaux de la Loire se trouvent à moins d’une heure de route de Loches :
- Le château de Montrésor (15 km) : petit village classé parmi les plus beaux de France avec son château renaissance
- Le château de Chenonceau (35 km) : le célèbre « château des Dames » qui enjambe le Cher
- Le château d’Amboise (40 km) : résidence royale où repose Léonard de Vinci
- Le château de Villandry (50 km) : renommé pour ses jardins à la française
J’ai particulièrement apprécié la visite de Montrésor, moins connu mais qui offre un ensemble médiéval et Renaissance préservé, à l’image de Loches mais à plus petite échelle.
Le parc naturel régional Loire-Anjou-Touraine
Bien que Loches se trouve juste en dehors des limites du Parc naturel régional Loire-Anjou-Touraine, celui-ci est facilement accessible. Ce territoire préservé offre des paysages variés entre Loire et affluents, forêts et zones humides.
Une excursion d’une journée m’a permis de découvrir la réserve naturelle de Chérine et d’observer plusieurs espèces d’oiseaux migrateurs. Les amateurs de nature trouveront dans cette région de nombreux sentiers de randonnée balisés.
Chédigny : le village-jardin
À seulement 10 kilomètres de Loches, Chédigny mérite absolument le détour. Ce village unique en France a transformé toutes ses rues en jardins de roses. Plus de 1 000 rosiers et des milliers de vivaces bordent les façades des maisons traditionnelles.
Ma visite en juin, période de floraison maximale, m’a laissé un souvenir olfactif et visuel inoubliable. Le village organise chaque année en mai un festival des roses qui attire des passionnés de jardinage du monde entier.
Loches incarne parfaitement cette Touraine authentique qui séduit par son patrimoine exceptionnel et ses paysages apaisants. Entre histoire et nature, cette cité médiévale offre une parenthèse hors du temps qui ravira aussi bien les passionnés d’architecture que les amoureux de la nature. J’en suis reparti avec la sensation d’avoir découvert l’un des joyaux méconnus du Val de Loire, une destination qui mérite amplement qu’on s’y attarde plus que le temps d’une simple étape.



