Le Morvan, ce massif montagneux situé en Bourgogne, reste encore méconnu de nombreux Français.
Pourtant, ce territoire sauvage offre des panoramas qui rappellent étrangement ceux qu’on trouve à des milliers de kilomètres, au Canada.
Forêts denses, lacs aux eaux cristallines, rivières tumultueuses…
Difficile de ne pas faire le rapprochement entre ces deux régions que tout semble pourtant séparer.
J’ai parcouru ce territoire pendant plusieurs semaines et j’ai été frappé par ces similitudes troublantes.
Le Morvan : un massif aux allures nordiques en plein cœur de la France
Le Parc naturel régional du Morvan s’étend sur près de 281 400 hectares, au centre de la Bourgogne. Ce massif granitique ancien culmine à 901 mètres au Haut-Folin. Avec ses forêts qui couvrent plus de 45% de sa superficie, ses nombreux lacs et ses rivières, le Morvan présente un visage qui tranche radicalement avec les paysages viticoles bourguignons qui l’entourent.
La géologie du Morvan explique en partie cette parenté visuelle avec les paysages canadiens. Comme au Québec, le socle granitique affleure par endroits, créant ces rochers caractéristiques qui parsèment les forêts et les cours d’eau. Les sols acides favorisent une végétation similaire, notamment les conifères qui dominent certains secteurs.
Un climat rude qui façonne des paysages particuliers
Le climat du Morvan est marqué par des hivers rigoureux et des précipitations abondantes. Les chutes de neige y sont fréquentes et peuvent être importantes, transformant complètement le paysage. En janvier, quand le thermomètre descend parfois sous les -10°C et que la neige recouvre les vastes étendues forestières, l’illusion canadienne devient presque parfaite.
Ce climat continental, parfois comparé à une « Petite Sibérie française » de manière imagée, a conduit les habitants à développer une architecture adaptée, avec des maisons trapues aux murs épais, conçues pour résister au froid et à l’humidité, rappelant par certains aspects les habitations rurales québécoises.
Des forêts qui évoquent les paysages boisés canadiens
La forêt morvandelle, dense et profonde, constitue l’un des éléments les plus évocateurs du Canada. Dominée par les hêtres, les chênes et de plus en plus par les résineux comme l’épicéa, elle crée des ambiances similaires à celles des forêts canadiennes, bien que moins vastes que la taïga.
Au printemps, quand les sous-bois se couvrent de myrtilles sauvages et que les fougères déploient leurs frondes, la ressemblance avec certaines zones forestières du Québec devient frappante. Les amateurs de cueillette y trouvent d’ailleurs les mêmes plaisirs qu’au Canada : myrtilles, framboises sauvages et champignons abondent selon les saisons.
Le flottage du bois : une histoire commune
L’exploitation forestière représente un autre point commun entre le Morvan et le Canada. Pendant des siècles, le flottage du bois a été pratiqué sur les rivières du Morvan pour approvisionner Paris en bois de chauffage. Cette technique, qui consistait à faire descendre les bûches par les cours d’eau, était très répandue au Canada.
À Clamecy, la Maison du Flottage témoigne de cette épopée industrielle qui a façonné le territoire. Les « flotteurs », ces hommes qui guidaient les bûches sur l’eau, partageaient avec leurs homologues canadiens un même mode de vie rude et des techniques similaires, adaptées aux contraintes naturelles.
Les lacs du Morvan : des joyaux qui rappellent ceux du bouclier canadien
Les six grands lacs du Morvan (Pannecière, Settons, Saint-Agnan, Crescent, Chaumeçon et Chamboux) constituent l’un des atouts majeurs de la région. Majoritairement artificiels, ils se sont parfaitement intégrés au paysage et offrent aujourd’hui des panoramas saisissants qui évoquent les milliers de lacs naturels du bouclier canadien.
Le lac des Settons, avec ses 360 hectares, est le plus vaste et le plus ancien. Ses rives boisées, ses petites criques et ses eaux aux reflets changeants rappellent étrangement les lacs des Laurentides québécoises. En été, la température de l’eau peut atteindre 24°C, permettant la baignade dans un cadre préservé.
Des activités nautiques comme au Canada
Comme au Canada, les lacs du Morvan sont devenus des terrains de jeu pour les amateurs d’activités nautiques. Canoë-kayak, paddle, voile ou pêche, les possibilités sont nombreuses. La pêche, en particulier, attire de nombreux passionnés, avec des espèces communes aux deux territoires comme le brochet, la perche ou la truite.
En hiver, les lacs gèlent rarement assez pour permettre des activités comme le patin sur glace, contrairement à ce qui est courant au Canada. Toutefois, cette pratique, bien que rare dans le Morvan, témoigne d’une adaptation occasionnelle aux conditions hivernales.
Une faune qui renforce la similitude
Si le Morvan ne peut rivaliser avec le Canada en termes de grands mammifères (pas d’orignal ni d’ours noir), sa faune présente néanmoins des similitudes intéressantes. Les cerfs, chevreuils et sangliers peuplent les forêts morvandelles comme leurs cousins peuplent les forêts canadiennes.
Les rivières du Morvan abritent des populations de truites sauvages qui font le bonheur des pêcheurs à la mouche, tout comme les rivières canadiennes. Les oiseaux forestiers comme le pic noir, la chouette hulotte ou le grand corbeau sont présents dans les deux régions.
Plus surprenant, la loutre d’Europe a fait son retour dans les cours d’eau du Morvan, rappelant la présence de son cousin nord-américain dans les rivières canadiennes. Cette réapparition témoigne de l’amélioration de la qualité des eaux et de la richesse écologique du territoire.
Un tourisme nature qui s’inspire des pratiques canadiennes
Face à l’engouement croissant pour l’écotourisme, le Morvan s’est progressivement doté d’infrastructures qui rappellent celles qu’on trouve au Canada. Les sentiers de randonnée, comme le GR13 qui traverse le massif, permettent de s’immerger dans des paysages préservés.
Des hébergements insolites se sont développés : cabanes dans les arbres, roulottes au bord des lacs ou yourtes en pleine forêt. Ces modes d’hébergement, qui privilégient le contact avec la nature, s’inspirent directement des pratiques touristiques nord-américaines.
Le développement des sports d’hiver
Si le Morvan ne peut rivaliser avec les stations canadiennes en termes d’altitude et d’enneigement, il offre néanmoins des possibilités intéressantes pour les sports d’hiver. La station de La Croix de la Libération, près de Château-Chinon, propose des pistes de ski de fond et des itinéraires pour raquettes quand l’enneigement le permet.
Ces activités, plus proches du modèle nordique que du ski alpin, correspondent parfaitement à la topographie du massif et renforcent la similitude avec certaines pratiques récréatives canadiennes, notamment dans les régions moins montagneuses du Québec.
Des différences qui font l’identité propre du Morvan
Malgré ces ressemblances frappantes, le Morvan conserve une identité propre, façonnée par des siècles d’histoire et de traditions locales. Contrairement au Canada, ce territoire porte l’empreinte d’une occupation humaine millénaire, depuis les Éduens, peuple gaulois qui y avait établi son territoire, jusqu’aux exploitations agricoles contemporaines.
Les villages du Morvan, avec leurs maisons de pierre aux toits de tuiles plates ou d’ardoises, leurs églises romanes et leurs lavoirs, témoignent d’une histoire riche qui n’a pas d’équivalent au Canada. Cette architecture traditionnelle constitue un patrimoine unique qui différencie nettement le paysage morvandiau du paysage canadien.
Une gastronomie ancrée dans le terroir
La cuisine morvandelle, riche et généreuse, puise dans des traditions séculaires qui n’ont rien à voir avec la gastronomie canadienne. Le jambon persillé, la potée morvandelle ou le pâté de pommes de terre témoignent d’un art culinaire profondément ancré dans le terroir.
Les fromages locaux, comme le chaource ou l’époisses produits à proximité, n’ont pas d’équivalent au Canada. Cette richesse gastronomique constitue un atout majeur pour le tourisme local et contribue à l’identité spécifique du territoire.
Comment découvrir ce « petit Canada » français ?
Pour ceux qui souhaitent explorer ces paysages évocateurs sans traverser l’Atlantique, le Morvan offre une alternative séduisante. Situé à environ 2h30 à 3 heures de Paris, il est facilement accessible en voiture ou en train (jusqu’à Avallon, Autun ou Clamecy).
La meilleure période pour visiter dépend des expériences recherchées. L’automne offre des couleurs flamboyantes qui rappellent l’été indien canadien, tandis que l’hiver permet de découvrir des paysages enneigés dignes du Grand Nord. Le printemps et l’été sont idéaux pour les activités nautiques et les randonnées.
Itinéraires recommandés
- Le tour des grands lacs : un circuit de plusieurs jours permettant de découvrir les six grands lacs du Morvan et leurs environs.
- L’ascension du Haut-Folin : le point culminant du massif offre un panorama exceptionnel sur toute la région.
- La route des Sapins de Noël : le Morvan est le premier producteur français de sapins de Noël, et cette route thématique permet de découvrir cette activité typique.
- Le sentier des Flotteurs : ce parcours longe le Cousin et l’Yonne, retraçant l’histoire du flottage du bois.
Un avenir touristique prometteur entre tradition et modernité
Le Morvan connaît aujourd’hui un regain d’intérêt touristique, notamment auprès des citadins en quête d’espaces naturels préservés. Cette attractivité nouvelle s’accompagne de défis importants en termes de préservation de l’environnement et de développement durable.
Le Parc naturel régional, créé en 1970, joue un rôle essentiel dans la conciliation entre développement touristique et protection des paysages. Ses actions en faveur d’un tourisme responsable s’inspirent d’ailleurs souvent des pratiques canadiennes en la matière.
Des initiatives comme la création de voies vertes, le développement de l’agritourisme ou la valorisation des produits locaux contribuent à un modèle de développement qui préserve l’authenticité du territoire tout en améliorant son attractivité.
Le Morvan offre ainsi une expérience unique, où les paysages évocateurs du Canada se mêlent à un patrimoine culturel riche et à des traditions bien vivantes. Une destination qui mérite d’être découverte, pour ses similitudes surprenantes avec les grands espaces canadiens, mais aussi pour tout ce qui fait sa singularité au cœur de la Bourgogne.



