Il y a des endroits qui vous arrêtent net. Montreuil-sur-Mer est de ceux-là.
Perchée sur son promontoire calcaire, cette petite ville des Hauts-de-France regarde la plaine de la Canche depuis des siècles, impassible, comme si le temps avait décidé de s’y attarder un peu plus longtemps qu’ailleurs.
On vient ici pour ses remparts, pour ses ruelles pavées, pour ce silence particulier qui règne entre les vieilles pierres.
Et puis on reste, parce que la ville a cette capacité rare de vous prendre par surprise à chaque détour de rue.
Une ville qui n’a plus la mer mais qui garde son nom
Le nom prête à confusion. Montreuil-sur-Mer ne se trouve plus au bord de la mer. Il faut remonter au Moyen Âge pour comprendre cette apparente contradiction. À l’époque, la Canche était navigable jusqu’à la ville, et les eaux marines remontaient suffisamment loin pour que Montreuil soit considérée comme un véritable port. La ville fut d’ailleurs l’un des ports les plus actifs de la région, commerçant avec l’Angleterre et les pays du Nord.
Au fil des siècles, l’envasement progressif de l’estuaire et le recul des eaux ont éloigné la mer. Aujourd’hui, il faut parcourir une quinzaine de kilomètres pour rejoindre Le Touquet-Paris-Plage ou Étaples-sur-Mer. Mais la ville a gardé son nom, comme une mémoire accrochée à son identité maritime disparue. Ce paradoxe géographique fait partie du charme de l’endroit et intrigue chaque visiteur qui découvre pour la première fois ce bourg médiéval planté au cœur des terres.
Les remparts, colonne vertébrale de la cité
Ce qui frappe en premier, ce sont les remparts. Ils encerclent la ville haute sur près de trois kilomètres et constituent l’un des ensembles fortifiés les mieux conservés du nord de la France. La promenade sur les chemins de ronde est incontournable. Elle offre des vues saisissantes sur la vallée de la Canche, sur les marais environnants et, par temps clair, sur les collines qui bordent l’horizon.
Ces fortifications ont une longue histoire. Les premières constructions remontent au XIe siècle, mais c’est surtout entre le XVIe et le XVIIe siècle que les remparts prennent leur forme définitive, sous l’influence des techniques militaires de l’époque. Vauban, le célèbre ingénieur militaire de Louis XIV, est souvent associé à leur renforcement, même si son intervention directe à Montreuil reste sujette à débat parmi les historiens. Ce qui est certain, c’est que l’architecture défensive de la ville porte la marque de cette période de grande activité militaire dans le nord du royaume.
Les remparts sont jalonnés de tours et de bastions. La citadelle, qui domine la ville du haut de son promontoire, ajoute une dimension supplémentaire à cet ensemble. Elle accueille aujourd’hui des événements culturels et des spectacles en plein air pendant la saison estivale, transformant ce lieu de guerre en espace de vie et de festivité.
La ville haute, un musée à ciel ouvert
Franchir les portes de la ville haute, c’est entrer dans un autre temps. Les rues pavées, étroites, serpentent entre des maisons en briques et en pierres calcaires dont certaines remontent au XVIIe et XVIIIe siècle. L’architecture est sobre, presque austère, mais elle dégage une cohérence remarquable. Rien n’a été construit à la va-vite ici. Chaque bâtiment semble avoir été pensé pour s’intégrer dans un ensemble plus grand que lui.
La collégiale Saint-Saulve mérite une attention particulière. Cette église gothique, dont la construction s’est étalée sur plusieurs siècles, renferme des œuvres d’art et une atmosphère recueillie qui contraste avec l’agitation des ruelles commerçantes alentour. Son clocher marque le paysage urbain et sert de repère visuel depuis la campagne environnante.
La place du Général de Gaulle constitue le cœur battant de la ville haute. Entourée de maisons anciennes, elle accueille un marché hebdomadaire qui rassemble habitants et visiteurs autour des produits locaux. C’est ici que la vie quotidienne de Montreuil se donne à voir dans toute sa simplicité. Les terrasses des cafés s’animent dès les premiers beaux jours, et les conversations s’y étirent tranquillement.
Victor Hugo et Jean Valjean, une présence littéraire tenace
On ne peut pas parler de Montreuil-sur-Mer sans évoquer Victor Hugo et son roman Les Misérables. L’écrivain a choisi cette ville comme décor pour une partie de son récit. C’est ici que Jean Valjean, sous le nom de Monsieur Madeleine, devient maire et dirige une fabrique prospère. Hugo a séjourné à Montreuil et en a tiré une description précise et sensible, qui a contribué à ancrer la ville dans l’imaginaire collectif français.
Cette filiation littéraire est aujourd’hui pleinement assumée par la ville. Des panneaux explicatifs rappellent les liens entre la fiction et la réalité locale. Certains habitants et guides touristiques aiment à montrer les lieux qui ont pu inspirer l’auteur. Sans tomber dans une reconstitution artificielle, Montreuil entretient avec Les Misérables une relation discrète mais réelle, qui donne une épaisseur supplémentaire à la visite.
Une atmosphère bucolique aux portes de la ville
Montreuil, c’est aussi ce qui l’entoure. La vallée de la Canche s’étend en contrebas, verdoyante, ponctuée de villages, de prairies humides et de petits cours d’eau. Le paysage est celui d’une campagne picarde préservée, loin des grandes infrastructures et des zones industrielles. Les randonneurs et les cyclistes ont bien compris l’intérêt de ce territoire. Des sentiers balisés permettent de parcourir les environs à pied ou à vélo, en longeant la rivière ou en montant vers les plateaux qui offrent de larges panoramas.
Les marais de la Canche abritent une faune et une flore remarquables. Les oiseaux migrateurs s’y arrêtent en nombre, faisant le bonheur des ornithologues amateurs. Au printemps, les prairies se couvrent de fleurs sauvages et les saules pleureurs bordent les berges avec cette élégance un peu mélancolique qui caractérise les paysages du nord.
Les villages alentour méritent le détour. Hesdin, Beaurainville ou encore Campagne-lès-Hesdin composent un réseau de bourgs ruraux qui préservent une architecture et un mode de vie attachants. La région dans son ensemble forme un territoire cohérent, où la ville médiévale et la campagne environnante se répondent et se complètent.
Une vie culturelle qui dépasse sa taille
Pour une ville de moins de 2 500 habitants, Montreuil-sur-Mer affiche une activité culturelle étonnamment dense. Le festival de musique de chambre, qui se tient chaque été dans la citadelle et dans les lieux patrimoniaux de la ville, attire des musiciens et un public venus de toute la région et au-delà. L’acoustique naturelle des vieux murs contribue à faire de ces concerts des moments singuliers.
La ville compte plusieurs galeries d’art et ateliers d’artistes. Des peintres, des sculpteurs et des artisans d’art ont choisi de s’y installer, attirés par le cadre, les loyers accessibles et une certaine qualité de vie que les grandes métropoles ne peuvent plus offrir. Cette présence artistique donne à Montreuil une dimension créative qui surprend agréablement.
Les Journées du Patrimoine sont particulièrement animées ici. La citadelle, les remparts et les édifices religieux ouvrent leurs portes au public, permettant d’accéder à des espaces habituellement fermés. Ces week-ends de septembre drainent chaque année plusieurs milliers de visiteurs qui découvrent ou redécouvrent les richesses architecturales de la ville.
Où séjourner et que goûter à Montreuil-sur-Mer
La ville dispose d’une offre hôtelière de qualité, avec notamment quelques adresses qui ont su conjuguer confort contemporain et cadre historique. Le Château de Montreuil, établissement réputé installé dans une belle demeure, est l’une des références gastronomiques de la région. Sa cuisine valorise les produits locaux, notamment les poissons et fruits de mer de la côte d’Opale toute proche, les légumes du terroir et les fromages du nord.
Les marchés et les épiceries fines permettent de repartir avec quelques spécialités régionales. La bière artisanale, les fromages de la région comme le Maroilles ou le Boulette d’Avesnes, les biscuits et confiseries du Nord composent un panier du terroir qui fait plaisir à emporter. Les restaurants de la ville proposent souvent des menus qui mettent en valeur ces produits avec simplicité et générosité.
Comment rejoindre Montreuil-sur-Mer
La ville est accessible depuis Paris en un peu plus de deux heures par la route, via l’autoroute A1 puis l’A16. En train, la gare la plus proche est celle d’Étaples-Le Touquet, à une quinzaine de kilomètres. Des liaisons régulières depuis Lille et Paris permettent de rejoindre cette gare sans difficulté. La ville est bien positionnée pour les visiteurs venant du Royaume-Uni via le tunnel sous la Manche ou les ferries de Calais et Boulogne-sur-Mer.
Le meilleur moment pour visiter reste le printemps et l’été, quand la végétation est à son apogée et que la vie culturelle bat son plein. Mais l’automne a ses partisans, ceux qui aiment les brumes matinales sur la vallée et les lumières dorées qui font ressortir la couleur des vieilles pierres. Montreuil-sur-Mer n’est jamais tout à fait la même selon la saison, et c’est sans doute pour cela qu’on a envie d’y revenir.



