La Grèce, c’est 16 000 kilomètres de côtes, plus de 6 000 îles et îlots, et pourtant les touristes se retrouvent systématiquement entassés sur les mêmes plages de Santorin, de Mykonos ou de Rhodes.
Chaque été, les mêmes images circulent sur les réseaux sociaux : des parasols collés les uns aux autres, des files d’attente pour entrer dans l’eau, des serveurs débordés.
Ce n’est pas la Grèce que tout le monde rêve de découvrir.
La bonne nouvelle, c’est qu’il en existe une autre, bien réelle, faite de criques isolées, de villages de pêcheurs presque intacts et de plages où le sable garde encore l’empreinte de vos pas plusieurs minutes après votre passage.
Ces cinq adresses ne figurent pas en tête des classements habituels, et c’est précisément pour ça qu’elles méritent votre attention.
1. Seitan Limania, Crète : la plage qui ressemble à un fjord
Seitan Limania se trouve sur la péninsule d’Akrotiri, à une vingtaine de kilomètres au nord-ouest de Chania. Son nom signifie littéralement « les ports du diable » en grec, et il faut admettre que le chemin pour y descendre donne un avant-goût de ce que cela représente. La plage est encaissée entre deux falaises de calcaire blanc qui plongent dans une eau turquoise d’une clarté presque irréelle. Pour y accéder, vous devez laisser votre voiture sur le bord de la route et descendre à pied un sentier escarpé pendant une quinzaine de minutes.
Ce n’est pas une plage pour tout le monde, et c’est justement ce qui la préserve. Les familles avec de jeunes enfants et les personnes à mobilité réduite évitent naturellement cet endroit. Ceux qui font l’effort d’y descendre sont récompensés par un spectacle qui n’a rien à envier aux paysages des îles les plus célèbres de la mer Égée. La plage en elle-même est étroite, couverte de galets fins, et l’eau y est profonde assez rapidement, ce qui en fait un endroit idéal pour la plongée en apnée.
Le mieux est d’y aller tôt le matin, avant dix heures, ou en fin d’après-midi. En plein été, même les plages les moins connues de Crète peuvent attirer du monde entre onze heures et seize heures. Seitan Limania reste néanmoins bien plus calme que Balos ou Elafonisi, les deux stars de l’île qui accueillent des milliers de visiteurs par jour en juillet et août.
2. Agios Georgios Dysos, Eubée : l’île oubliée des voyageurs
L’Eubée, ou Evia en grec, est la deuxième plus grande île de Grèce après la Crète. Elle est reliée au continent par un pont, ce qui fait qu’elle est très fréquentée par les Athéniens le week-end, mais pratiquement ignorée par les touristes étrangers. C’est une anomalie géographique assez fascinante : une île immense, traversée par des montagnes, bordée de plages sauvages, et pourtant absente de la quasi-totalité des guides de voyage internationaux.
La plage d’Agios Georgios Dysos se trouve dans le sud de l’île, dans une région encore peu développée touristiquement. Elle s’étend sur plusieurs centaines de mètres, avec un sable doré et une eau peu profonde qui la rend agréable pour la baignade. La végétation descend jusqu’au bord de la plage par endroits, ce qui crée des zones d’ombre naturelles, un luxe rare sur les plages grecques en été.
Pour rejoindre l’Eubée depuis Athènes, il faut compter environ une heure et demie de route jusqu’au pont de Chalcis. Depuis là, il faut encore une bonne heure de route pour atteindre le sud de l’île. Ce n’est pas la destination la plus simple d’accès, mais c’est exactement ce qui décourage les touristes pressés. Les villages autour de la plage proposent quelques tavernes familiales où l’on mange du poisson frais pêché le matin même, à des prix qui n’ont rien à voir avec ceux pratiqués sur les îles des Cyclades.
3. Fteri, Céphalonie : une crique réservée aux initiés
Céphalonie est une île qui a gagné en notoriété après le succès du roman de Louis de Bernières Le Mandoline du Capitaine Corelli, puis du film qui en a été tiré. Malgré cela, elle reste moins envahie que Mykonos ou Santorin, et certaines de ses plages demeurent accessibles uniquement par la mer ou par des pistes non goudronnées.
Fteri fait partie de ces endroits que les habitants de l’île eux-mêmes gardent un peu jalousement. La plage se trouve sur la côte nord-ouest de Céphalonie, dans une zone protégée. Elle est entourée de falaises blanches et de pins qui descendent jusqu’au bord de l’eau. Le contraste entre le vert sombre de la végétation, le blanc des rochers et le bleu intense de la mer Ionienne est saisissant.
Pour y accéder, vous pouvez prendre un bateau-taxi depuis le port d’Assos, ou tenter l’aventure par une piste de terre qui demande un véhicule adapté et une certaine tolérance pour les chemins cahoteux. La plage n’a aucune infrastructure : pas de bar, pas de location de transats, pas de douches. Il faut apporter tout ce dont vous avez besoin. Pour beaucoup, c’est une contrainte. Pour ceux qui cherchent vraiment à s’éloigner de l’agitation touristique, c’est une qualité.
4. Livadi Geranou, Patmos : la plage de l’île sacrée
Patmos est une petite île du Dodécanèse connue principalement pour son monastère de Saint-Jean-le-Théologien, classé au patrimoine mondial de l’Unesco, et pour la grotte où l’apôtre Jean aurait écrit l’Apocalypse. C’est une île qui attire davantage les pèlerins et les amateurs d’histoire que les fêtards, ce qui lui confère une atmosphère particulière, plus posée, plus silencieuse.
La plage de Livadi Geranou se trouve dans une baie bien abritée, à l’écart du port principal de Skala. Elle est accessible par la route, mais reste suffisamment éloignée du centre pour ne pas être submergée. Le sable y est fin, l’eau calme et peu profonde, et la baie est suffisamment grande pour que chacun trouve son espace même en plein mois d’août.
Ce qui rend Patmos particulièrement agréable, c’est l’absence de tourisme de masse organisé. Il n’y a pas de grands hôtels de chaîne, pas de clubs de plage avec musique à fond. Les hébergements sont principalement des maisons d’hôtes familiales et de petites pensions. La vie s’organise autour du port, des tavernes et des couchers de soleil. C’est une île qui fonctionne encore à un rythme humain.
5. Plage de Voidokilia, Messénie : le cercle parfait du Péloponnèse
La Voidokilia est souvent décrite comme l’une des plus belles plages de toute la Grèce, et pourtant elle reste étonnamment peu fréquentée par les touristes étrangers. Elle se trouve dans la région de Messénie, dans le sud-ouest du Péloponnèse, non loin de la ville de Pylos. Sa forme est presque parfaitement circulaire, ce qui lui vaut son nom : voidokilia signifie « ventre de bœuf » en grec ancien.
La plage est bordée d’une lagune protégée, la lagune de Gialova, qui est l’une des zones humides les plus importantes de la Méditerranée orientale pour les oiseaux migrateurs. Derrière la plage s’élèvent les dunes de Navarino, les seules dunes naturelles de Grèce, et plus haut encore, les ruines du château médiéval de Navarino. C’est un endroit qui cumule les atouts naturels et historiques de façon assez exceptionnelle.
Pour accéder à la plage, il faut descendre à pied depuis le parking situé en hauteur, ce qui prend environ vingt minutes. Le chemin longe les dunes et offre un panorama sur l’ensemble de la baie. Aucun commerce n’est installé sur la plage elle-même, conformément aux règles de protection du site. Il faut donc prévoir ses propres provisions. La Voidokilia reçoit quelques visiteurs en été, mais jamais dans des proportions comparables aux plages des îles les plus touristiques. Le fait qu’elle soit sur le continent, accessible uniquement en voiture depuis Kalamata ou Pylos, joue naturellement en faveur de sa tranquillité.
Ces cinq plages ont un point commun : elles demandent un effort. Un détour, une descente à pied, une piste non goudronnée, un bateau-taxi. Cet effort est précisément ce qui les préserve. La Grèce touristique la plus connue est souvent celle qui se trouve à portée de bus climatisé. La Grèce que l’on garde longtemps en mémoire, elle, se mérite un peu.



