Il y a des endroits qui vous coupent le souffle avant même que vous ayez eu le temps de sortir de votre voiture.
Le col de Pordoi est de ceux-là.
Perché à 2 239 mètres d’altitude dans les Dolomites italiennes, ce col de montagne appartient à cette catégorie rare de lieux qui marquent durablement ceux qui les traversent.
Que vous arriviez depuis Canazei à l’ouest ou depuis Arabba à l’est, la route vous réserve une succession de virages en épingle et de panoramas qui s’ouvrent progressivement, comme si la montagne vous dévoilait ses secrets un à un.
Ce n’est pas un col que l’on visite par hasard.
On y vient parce qu’on a entendu parler de ses paysages, ou parce qu’on l’a vu en photo et qu’on a voulu vérifier par soi-même si c’était vraiment aussi beau.
La réponse est oui, c’est encore mieux.
Un col au cœur des Dolomites, entre deux vallées emblématiques
Le col de Pordoi se situe dans la région du Trentin-Haut-Adige, à la frontière entre les provinces de Trente et de Belluno. Il fait partie de la célèbre route des Grandes Dolomites, tracée au début du XXe siècle et qui reste l’une des plus belles routes de montagne d’Europe. Cette route relie Bolzano à Cortina d’Ampezzo en traversant plusieurs cols mythiques, dont le col de Sella, le col de Falzarego et bien sûr le Pordoi.
La position géographique du col en fait un carrefour naturel entre la Val di Fassa côté ouest et la Val Cordevole côté est. Ces deux vallées ont des caractères bien distincts. La Val di Fassa est une vallée ladine, habitée par une communauté qui parle encore le ladin, une langue rhéto-romane ancienne. L’identité culturelle de cette région est profondément liée à la montagne, et le Pordoi en est l’un des symboles les plus forts.
La montée vers le col : une route qui mérite toute l’attention
Depuis Canazei, la montée vers le col de Pordoi s’effectue sur environ 12 kilomètres avec un dénivelé de près de 900 mètres. La route serpente entre des parois rocheuses impressionnantes, des prairies alpines et des forêts de conifères qui s’éclaircissent progressivement à mesure que l’on prend de l’altitude. Les 33 virages numérotés de la montée sont devenus presque légendaires, notamment parce que cette route est empruntée chaque année par le Tour d’Italie, le Giro, qui a fait du Pordoi l’une de ses ascensions fétiches.
Le col a d’ailleurs été désigné à plusieurs reprises Cima Coppi, c’est-à-dire le point culminant du Giro d’Italia. Cette distinction, qui honore la mémoire du champion cycliste Fausto Coppi, est attribuée au col le plus haut franchi par la course au cours d’une édition donnée. Le Pordoi l’a reçue à de nombreuses reprises, ce qui lui confère un statut particulier dans le monde du cyclisme.
Pour les automobilistes et les motards, la montée est une expérience en soi. Chaque virage révèle un nouveau cadrage, une nouvelle perspective sur les massifs environnants. Les tours de guet et les refuges alpins que l’on croise en chemin témoignent d’une fréquentation humaine ancienne de ces hauteurs.
Au sommet : un panorama à 360 degrés sur les Dolomites
Arriver au sommet du col, c’est déboucher sur un vaste plateau ouvert bordé de boutiques, de restaurants et de refuges. L’atmosphère y est animée en été, avec une circulation importante de touristes, de cyclistes et de motards. Mais il suffit de s’éloigner de quelques dizaines de mètres de la route pour retrouver le silence et la grandeur du lieu.
Le panorama depuis le col est exceptionnel. On distingue clairement :
- Le massif de la Marmolada au sud-ouest, point culminant des Dolomites à 3 343 mètres, avec son glacier emblématique
- Le groupe du Sella au nord, avec ses falaises verticales caractéristiques qui dominent le paysage
- Le Sass Pordoi qui surplombe directement le col à l’est
- Les Aiguilles de Ciavazes et d’autres sommets des Dolomites qui se profilent à l’horizon
La lumière dans les Dolomites a quelque chose de particulier. Les roches dolomitiques, composées de carbonate de calcium et de magnésium, ont cette capacité à refléter la lumière du soleil de manière unique, prenant des teintes orangées et rosées au coucher du soleil, un phénomène connu sous le nom d’Enrosadira. Depuis le col de Pordoi, assister à ce spectacle naturel au moment du crépuscule est une expérience difficile à oublier.
Le Sass Pordoi : le belvédère au-dessus du col
Si le col offre déjà un point de vue remarquable, le Sass Pordoi pousse l’expérience encore plus loin. Ce plateau rocheux culmine à 2 950 mètres d’altitude et est accessible depuis le col grâce à un téléphérique qui fonctionne de mai à octobre selon les conditions météorologiques.
La montée en téléphérique ne dure que quelques minutes, mais le changement de perspective est radical. En arrivant au sommet du Sass Pordoi, on se retrouve sur un plateau quasi lunaire, balayé par le vent, avec une vue à 360 degrés sur l’ensemble des Dolomites. Par temps clair, le regard porte jusqu’aux Alpes autrichiennes au nord et jusqu’à la plaine du Pô au sud.
Depuis ce belvédère naturel, on peut observer :
- La totalité du groupe du Sella et ses quatre cols qui l’entourent
- La Marmolada et son glacier qui fond progressivement d’année en année
- Le Pelmo et la Civetta, deux des sommets les plus reconnaissables des Dolomites
- Le Catinaccio, appelé Rosengarten, et ses parois rougeoyantes
Des randonnées sont possibles depuis le sommet du Sass Pordoi, notamment vers le refuge Fredarola ou en direction des sentiers qui longent le plateau. Ces chemins sont accessibles à des marcheurs d’un bon niveau, car l’altitude et le terrain rocheux demandent une certaine condition physique et un équipement adapté.
Le col de Pordoi dans le contexte du Sellaronda
En hiver, le col de Pordoi prend une toute autre dimension. Il devient l’un des points clés du Sellaronda, le célèbre circuit de ski qui fait le tour du massif du Sella en passant par quatre cols : le Pordoi, le Sella, le Gardena et le Campolongo. Ce circuit, qui peut se faire dans les deux sens, est considéré comme l’une des expériences de ski les plus complètes des Alpes.
Le domaine skiable du Dolomiti Superski, dont le Pordoi fait partie, est l’un des plus grands du monde avec plus de 1 200 kilomètres de pistes et 450 remontées mécaniques. Depuis le col, les skieurs ont accès à des pistes de tous niveaux, avec des descentes qui offrent des vues permanentes sur les sommets environnants.
Le téléphérique du Sass Pordoi fonctionne en hiver, permettant aux skieurs de rejoindre des itinéraires hors-piste et des descentes spectaculaires dans un environnement de haute montagne.
Pratique : comment se rendre au col de Pordoi
Le col de Pordoi est accessible par la route depuis plusieurs points d’entrée :
- Depuis Canazei (Val di Fassa) : environ 12 kilomètres de montée, accessible depuis Trente via l’autoroute A22 et la SS48
- Depuis Arabba (Val Cordevole) : une montée plus courte d’environ 5 kilomètres depuis ce village de ski réputé
- Depuis Cortina d’Ampezzo : en combinant le col de Falzarego et la descente vers Arabba, puis la montée vers le Pordoi
La route est généralement ouverte de mai à novembre, selon les conditions d’enneigement. En hiver, le col est fermé à la circulation automobile, mais les remontées mécaniques permettent d’y accéder depuis les stations environnantes.
Plusieurs refuges et restaurants sont disponibles au sommet pour se restaurer et se reposer. Le refuge Maria et d’autres établissements proposent des repas chauds, des boissons et parfois des nuitées pour ceux qui souhaitent profiter du lever de soleil sur les Dolomites depuis le col.
Un patrimoine naturel classé à l’UNESCO
Les Dolomites ont été inscrites au patrimoine mondial de l’UNESCO en 2009, reconnaissant leur valeur géologique, géomorphologique et paysagère exceptionnelle. Le col de Pordoi se trouve au cœur de cette zone protégée, entouré de plusieurs des neuf systèmes qui composent le bien UNESCO.
Cette reconnaissance internationale a renforcé les efforts de préservation de l’environnement dans la région. Des initiatives sont menées pour limiter l’impact du tourisme de masse sur les écosystèmes alpins, notamment en encourageant les visiteurs à utiliser les transports en commun et les navettes disponibles depuis les vallées pendant la haute saison.
La flore alpine qui s’épanouit autour du col est remarquable. On y trouve des espèces adaptées aux conditions extrêmes de l’altitude, comme les edelweiss, les gentianes, les rhododendrons et de nombreuses autres plantes qui tapissent les prairies alpines de couleurs vives dès le mois de juin. La faune n’est pas en reste : marmottes, chamois et aigles royaux sont des habitants réguliers de ces altitudes.
Le meilleur moment pour visiter le col de Pordoi
La question du timing est importante pour profiter pleinement du site. Chaque saison apporte son lot d’expériences différentes :
| Saison | Conditions | Activités recommandées |
|---|---|---|
| Juin – Juillet | Prairies en fleurs, températures douces | Randonnée, photographie, téléphérique |
| Août | Haute saison, forte affluence | Toutes activités, préférer les horaires tôt le matin |
| Septembre – Octobre | Couleurs d’automne, moins de monde | Randonnée, photographie, route panoramique |
| Décembre – Mars | Enneigement, col fermé aux voitures | Ski, Sellaronda, téléphérique hivernal |
Le mois de septembre est souvent cité par les habitués comme le meilleur moment pour visiter le col. La lumière est plus douce, les foules estivales se sont dissipées, et les premières teintes automnales commencent à colorer les forêts de la vallée, créant un contraste saisissant avec les parois grises et blanches des Dolomites.
Pour les amateurs de photographie, le lever de soleil depuis le col ou depuis le sommet du Sass Pordoi est un moment magique. Les premiers rayons qui frappent les parois rocheuses du groupe du Sella et de la Marmolada créent des jeux de lumière et d’ombre absolument spectaculaires. Il faut pour cela accepter de se lever tôt et d’affronter les températures fraîches du matin en altitude, mais le résultat en vaut largement la peine.



