Il y a des villes qui surprennent par leur capacité à exister là où on ne les attendrait pas. Akureyri est de celles-là.
Posée au fond d’un fjord profond dans le nord de l’Islande, à moins de 100 kilomètres du cercle arctique, cette ville de quelque 20 000 habitants défie les idées reçues sur ce que peut être la vie dans des latitudes aussi élevées.
Les maisons colorées, les terrasses de café animées même en hiver, les jardins publics qui fleurissent malgré tout, tout cela forme un tableau inattendu pour qui s’attendait à trouver un avant-poste glacé et austère.
Akureyri est en réalité une ville vivante, fière de son identité, et profondément attachée à son fjord.
Une situation géographique hors du commun
Eyjafjörður est le plus long fjord d’Islande, avec ses 60 kilomètres de longueur. C’est au fond de ce bras de mer que s’est développée Akureyri, protégée des vents dominants par les montagnes qui l’encadrent de part et d’autre. Cette position géographique particulière lui confère un microclimat relativement doux pour une ville aussi proche du cercle arctique. Les températures hivernales y sont moins sévères que dans d’autres régions islandaises exposées aux vents de l’Atlantique Nord, et les étés peuvent y être étonnamment chauds, avec des journées dépassant parfois les 20 degrés celsius.
Le fjord lui-même est une merveille naturelle. Ses eaux calmes reflètent les sommets enneigés qui l’entourent, et sa faune marine est remarquablement riche. Les baleines y sont fréquentes, notamment les baleines à bosse et les petits rorquals, ce qui en fait l’un des meilleurs endroits d’Islande pour observer ces mammifères marins depuis des bateaux d’excursion. Les dauphins blancs de l’Atlantique Nord y font des apparitions régulières, à la grande satisfaction des visiteurs qui embarquent depuis le port d’Akureyri.
Une histoire qui remonte au temps des Vikings
Les premières traces d’occupation humaine dans la région d’Eyjafjörður remontent à la période de la colonisation de l’Islande, entre 874 et 930 après J.-C. Les colons norvégiens qui s’installèrent dans ce fjord trouvèrent des terres fertiles et un accès à la mer particulièrement favorable. Pendant des siècles, la région resta essentiellement agricole, avec quelques activités de pêche.
C’est au XVIIe siècle qu’Akureyri commença véritablement à prendre forme en tant que lieu d’échanges commerciaux. Les marchands danois y établirent des comptoirs, profitant de la position stratégique du site au fond du fjord. La ville obtint officiellement le statut de bourg en 1786, en même temps que cinq autres localités islandaises, dans le cadre d’une politique de développement urbain menée par la couronne danoise qui administrait alors l’Islande.
Sa croissance fut cependant lente. Au milieu du XIXe siècle, Akureyri ne comptait encore que quelques centaines d’habitants. C’est le développement de l’industrie de la pêche, puis l’essor des services et du commerce, qui permirent à la ville de se développer progressivement pour devenir ce qu’elle est aujourd’hui : la deuxième ville d’Islande et le véritable centre économique et culturel du nord du pays.
L’église qui domine la ville
Depuis n’importe quel point d’Akureyri, le regard finit toujours par remonter vers Akureyrarkirkja, l’église luthérienne qui trône au sommet d’un escalier monumental au cœur de la ville. Conçue par l’architecte islandais Guðjón Samúelsson, le même qui dessina l’église Hallgrímskirkja de Reykjavík, elle fut construite entre 1939 et 1940. Ses deux tours jumelles caractéristiques sont visibles de loin et constituent le symbole architectural le plus reconnaissable de la ville.
L’intérieur de l’église réserve une surprise de taille : un vitrail central qui provient à l’origine de la cathédrale de Coventry en Angleterre. Ce vitrail, récupéré avant que la cathédrale ne soit détruite lors des bombardements de la Seconde Guerre mondiale, fut offert à l’église d’Akureyri et constitue aujourd’hui l’un de ses trésors les plus précieux. Les 472 marches qui mènent à l’entrée de l’édifice depuis la rue principale sont devenues l’une des promenades incontournables pour tout visiteur de la ville.
Le jardin botanique le plus septentrional du monde
Peu de visiteurs s’attendent à trouver un jardin botanique à cette latitude. Et pourtant, le Lystigarðurinn, le jardin municipal d’Akureyri, est considéré comme l’un des jardins botaniques les plus septentrionaux du monde. Fondé en 1912, il abrite plus de 7 000 espèces de plantes, dont une grande partie de plantes arctiques et subarctiques, mais aussi des espèces venues des quatre coins du monde qui parviennent à s’épanouir grâce au microclimat favorable du fond du fjord.
En été, le jardin se transforme en un lieu de promenade très apprécié des habitants comme des touristes. Les roses y fleurissent, ce qui tient presque du miracle à cette latitude, et les parterres colorés contrastent avec les sommets enneigés visibles en arrière-plan. L’entrée est gratuite, une générosité typiquement islandaise qui reflète l’attachement de la population à cet espace vert unique.
Une vie culturelle étonnamment riche
Pour une ville de 20 000 habitants, Akureyri dispose d’une offre culturelle particulièrement développée. La ville possède son propre théâtre, le Leikfélag Akureyrar, fondé en 1931, qui est l’une des plus anciennes compagnies de théâtre amateur d’Islande et qui présente régulièrement des productions de qualité professionnelle. Elle dispose d’un orchestre symphonique, d’une école de musique réputée et de plusieurs musées qui retracent l’histoire de la région.
Parmi ces musées, le Nonnahús mérite une mention particulière. Cette petite maison en bois noir est la maison natale de Jón Sveinsson, dit Nonni, un prêtre jésuite et écrivain islandais dont les livres pour enfants, écrits au début du XXe siècle, connurent un succès considérable en Europe, notamment en Allemagne et en Autriche. La maison, construite en 1850, est l’une des plus anciennes d’Akureyri et a été transformée en musée à la mémoire de cet auteur aujourd’hui peu connu en France mais qui reste une figure importante de la culture islandaise.
La ville accueille chaque été le festival de jazz d’Akureyri, qui attire des musiciens et des amateurs de musique de tout le pays, ainsi que des visiteurs étrangers. D’autres événements culturels jalonnent le calendrier tout au long de l’année, faisant d’Akureyri un pôle d’attraction culturelle pour toute la région nord de l’Islande.
La gastronomie et la vie nocturne
La scène gastronomique d’Akureyri a considérablement évolué ces dernières années. La ville propose aujourd’hui une gamme de restaurants qui va des établissements traditionnels servant de l’agneau islandais et du poisson fraîchement pêché dans le fjord, jusqu’à des tables plus créatives qui s’inscrivent dans le mouvement de la nouvelle cuisine nordique. L’agneau du nord de l’Islande, qui pâture librement dans les montagnes environnantes pendant l’été, est réputé pour la qualité exceptionnelle de sa viande.
La rue principale de la ville, Hafnarstræti, concentre une bonne partie des cafés, restaurants et bars qui animent la vie sociale d’Akureyri. Les nuits d’été, quand le soleil ne se couche pratiquement pas, la ville prend une atmosphère particulière, entre fête et irréalité. Les habitants, habitués à ces nuits lumineuses, en profitent avec une joie communicative que les visiteurs ne manquent pas de partager.
La porte d’entrée vers les grandes aventures du Nord
Au-delà de ses propres attraits, Akureyri joue un rôle essentiel en tant que base de départ pour explorer certains des sites naturels les plus spectaculaires d’Islande. À moins d’une heure de route, le lac Mývatn offre un paysage volcanique d’une beauté et d’une étrangeté saisissantes, avec ses pseudocratères, ses formations de lave, ses sources chaudes et ses colonies d’oiseaux parmi les plus importantes d’Europe.
Plus loin vers l’est, la région de Jökulsárgljúfur, qui fait partie du parc national de Vatnajökull, abrite la puissante cascade de Dettifoss, considérée comme la cascade la plus puissante d’Europe en termes de débit. Le contraste entre la violence de cette eau qui se précipite dans un canyon de basalte noir et la sérénité du fjord d’Eyjafjörður visible depuis Akureyri illustre parfaitement la diversité des paysages islandais.
Vers l’ouest, la péninsule de Tröllaskagi, coincée entre les fjords Eyjafjörður et Skagafjörður, offre des paysages de montagnes et de vallées parmi les plus sauvages du pays. Ses petits villages de pêcheurs, ses tunnels creusés dans la roche pour relier des communautés autrefois isolées, et ses fjords latéraux constituent un territoire d’exploration fascinant pour ceux qui souhaitent s’éloigner des sentiers battus.
Comment rejoindre Akureyri
Akureyri dispose de son propre aéroport, l’aéroport d’Akureyri, qui propose des vols réguliers depuis Reykjavík-Ville avec la compagnie Icelandair et Air Iceland Connect. Le trajet en avion ne dure qu’environ 45 minutes, ce qui en fait l’option la plus rapide pour rejoindre la capitale du nord depuis la capitale du pays.
Il est possible de rejoindre Akureyri par la route, en empruntant la Ring Road, la route nationale islandaise qui fait le tour de l’île. Depuis Reykjavík, le trajet par la route la plus directe représente environ 390 kilomètres, soit environ 4 heures de conduite dans de bonnes conditions. Ce trajet en voiture est lui-même une expérience inoubliable, qui traverse des paysages de laves, de glaciers et de déserts de sable noir avant d’atteindre les vallées verdoyantes du nord.
- En avion : vols quotidiens depuis Reykjavík-Ville, durée environ 45 minutes
- En voiture : environ 390 km depuis Reykjavík via la Ring Road, 4 heures de trajet
- En bus : service de cars longue distance depuis Reykjavík, durée environ 6 heures
Quelle que soit la façon dont on arrive à Akureyri, la première vue sur la ville depuis le fjord ou depuis les hauteurs qui la dominent produit invariablement le même effet : une surprise mêlée d’admiration pour cette cité du bout du monde qui a su construire, au fil des siècles, une vie dense et riche au fond d’un fjord islandais, à un souffle du cercle arctique.



