Il y a des quartiers de Paris qu’on traverse sans vraiment les voir, et puis il y a Montmartre.
Perché sur sa butte à 130 mètres d’altitude, ce coin du 18e arrondissement résiste depuis des décennies à la standardisation qui a avalé tant d’autres quartiers parisiens.
Les ruelles en pavés, les escaliers qui grimpent entre les façades, les ateliers d’artistes et les bistrots de quartier forment un ensemble qui ne ressemble à rien d’autre dans la capitale.
On vient ici pour la première fois avec l’idée de voir le Sacré-Cœur, et on repart avec l’envie d’y retourner pour tout le reste.
Le Sacré-Cœur et ses environs immédiats
Impossible de parler de Montmartre sans commencer par la basilique du Sacré-Cœur. Construite entre 1875 et 1914, elle domine le quartier et offre depuis son parvis une vue panoramique sur Paris qui, par temps clair, peut s’étendre jusqu’à 50 kilomètres. L’intérieur de la basilique est sobre, presque austère, avec une mosaïque monumentale représentant le Christ qui couvre l’abside. L’entrée est gratuite, ce qui en fait l’un des rares monuments parisiens accessibles à tous sans débourser un centime.
Pour monter jusqu’à la basilique, vous avez deux options. Soit vous grimpez les 222 marches de l’escalier qui part du square Willette, soit vous prenez le funiculaire de Montmartre qui fonctionne avec un ticket de métro ordinaire. La montée à pied reste la plus belle : elle permet de prendre la mesure de la butte et de profiter des jardins en terrasses qui jalonnent le parcours.
Juste à côté du Sacré-Cœur se trouve la place du Tertre, l’une des places les plus connues de Paris. Elle est envahie de peintres et de portraitistes qui proposent leurs services aux touristes. L’endroit est certes très fréquenté, parfois à l’excès en haute saison, mais il conserve un charme particulier tôt le matin, avant que les cars de touristes n’arrivent. C’est là que des artistes comme Picasso, Modigliani ou Utrillo ont vécu et travaillé au début du XXe siècle.
Se perdre dans les ruelles de la Butte
Le vrai Montmartre ne se trouve pas sur les axes principaux. Il se cache dans les petites rues qui serpentent entre les maisons basses et les jardins cachés. La rue Lepic est l’une des plus animées du quartier : c’est là que se trouve le célèbre moulin Moulin de la Galette, rendu immortel par le tableau d’Auguste Renoir peint en 1876. La rue abrite aussi un marché alimentaire réputé et des commerces de bouche qui approvisionnent les habitants depuis des générations.
La rue de l’Abreuvoir est souvent citée comme l’une des plus belles rues de Paris. Bordée de maisons colorées et de jardins qui débordent sur les façades, elle donne une idée de ce que pouvait être Montmartre avant qu’il ne devienne un quartier touristique. Non loin de là, la rue Norvins et la rue des Saules méritent qu’on s’y attarde.
La place du Calvaire, minuscule et souvent ignorée des touristes pressés, offre pourtant l’une des plus belles vues sur Paris depuis la butte. Elle se trouve juste derrière le Sacré-Cœur et reste, pour cette raison, beaucoup plus tranquille que le parvis principal.
Le vignoble et le Musée de Montmartre
Peu de visiteurs le savent, mais Montmartre possède son propre vignoble, le Clos Montmartre, planté en 1933 sur la rue des Saules. Avec ses 2 000 pieds de vigne, il produit chaque année environ 1 500 bouteilles de vin vendues aux enchères lors de la Fête des Vendanges de Montmartre, qui se tient chaque année en octobre. C’est l’un des événements les plus populaires du calendrier parisien, avec des animations, des concerts et des défilés qui animent le quartier pendant plusieurs jours.
Juste à côté du vignoble se trouve le Musée de Montmartre, installé dans la plus ancienne maison du quartier. Ce bâtiment du XVIIe siècle a abrité, entre autres locataires célèbres, le peintre Auguste Renoir et la chanteuse Suzanne Valadon. Le musée retrace l’histoire du quartier et de la vie artistique qui y a foisonné à la Belle Époque et au début du XXe siècle. Les jardins du musée, récemment restaurés, offrent une vue magnifique sur le vignoble et sur la ville.
Le Bateau-Lavoir et l’héritage artistique
Montmartre est indissociable de l’histoire de l’art moderne. C’est dans ce quartier que Pablo Picasso a peint Les Demoiselles d’Avignon en 1907, dans un atelier collectif situé place Émile-Goudeau, connu sous le nom de Bateau-Lavoir. Le bâtiment original a brûlé en 1970, mais une reconstruction a été réalisée sur le même emplacement. Une plaque commémorative rappelle que des artistes comme Juan Gris, Kees van Dongen et des écrivains comme Guillaume Apollinaire y ont séjourné ou travaillé.
L’atmosphère artistique de Montmartre ne s’est pas totalement évaporée avec le temps. Le quartier compte encore de nombreuses galeries d’art, des ateliers ouverts et des artistes qui ont fait le choix de s’y installer malgré des loyers qui ont considérablement augmenté ces dernières années.
Le Moulin Rouge et les Grands Boulevards
En descendant la butte vers le boulevard de Clichy, on entre dans un Montmartre différent, plus populaire et plus nocturne. Le Moulin Rouge, fondé en 1889, reste l’un des symboles les plus reconnaissables de Paris dans le monde entier. Son célèbre French Cancan a été popularisé par les affiches de Toulouse-Lautrec qui fréquentait l’établissement à la fin du XIXe siècle. Aujourd’hui, le cabaret propose toujours des spectacles qui mêlent danse, acrobatie et mise en scène somptueuse. Les places sont chères et doivent être réservées longtemps à l’avance.
Autour du Moulin Rouge, la place Pigalle et ses environs ont longtemps eu une réputation sulfureuse. Le quartier se transforme progressivement depuis quelques années, avec l’installation de bars branchés, de restaurants et de salles de concert qui attirent une clientèle plus jeune et plus diverse.
Manger et boire à Montmartre
La question de la restauration à Montmartre mérite qu’on s’y arrête, car le quartier a longtemps souffert d’une offre touristique médiocre concentrée autour de la place du Tertre. Les choses ont évolué et il est aujourd’hui tout à fait possible de bien manger dans le quartier, à condition de s’éloigner un peu des zones les plus fréquentées.
- La rue Lepic et ses environs concentrent plusieurs bonnes adresses de bistrots et de restaurants qui s’adressent d’abord aux habitants du quartier
- Le bas de la butte, autour de la rue des Abbesses et de la place des Abbesses, offre un choix plus varié avec des cafés, des boulangeries artisanales et des restaurants de quartier
- La rue Caulaincourt est appréciée des locaux pour ses adresses plus discrètes et moins touristiques
La place des Abbesses mérite d’ailleurs une mention particulière. Son entrée de métro, signée Hector Guimard, est l’une des rares à avoir conservé son auvent en verre d’origine de style Art Nouveau. C’est l’un des endroits les plus photographiés du quartier, et pour cause.
Le cimetière de Montmartre
Moins célèbre que le Père-Lachaise, le cimetière de Montmartre n’en est pas moins fascinant. Ouvert en 1825, il accueille les tombes de personnalités aussi diverses que le compositeur Hector Berlioz, l’écrivain Stendhal, le réalisateur François Truffaut, la danseuse La Goulue ou encore le peintre Edgar Degas. Le cimetière est traversé par un viaduc routier, ce qui lui donne une atmosphère particulièrement singulière. C’est un lieu de promenade apprécié des Parisiens, calme et bien entretenu, qui se visite à n’importe quelle saison.
Conseils pratiques pour visiter Montmartre
Quelques informations concrètes pour organiser au mieux votre visite :
- Comment y accéder : La station de métro Abbesses (ligne 12) est la plus proche du cœur du quartier. La station Anvers (ligne 2) permet d’accéder directement au pied du funiculaire
- Le meilleur moment pour visiter : Tôt le matin en semaine, le quartier retrouve son caractère de village. Les week-ends en haute saison, la fréquentation peut devenir très importante autour du Sacré-Cœur et de la place du Tertre
- La durée de la visite : Comptez une demi-journée minimum pour une visite rapide, une journée entière si vous souhaitez visiter le musée, prendre le temps de déjeuner et explorer les ruelles à votre rythme
- Le port de chaussures confortables est indispensable : le quartier est fait de pavés, de pentes et d’escaliers
Montmartre est l’un de ces endroits qui demandent qu’on lui consacre du temps. Pas pour cocher des cases sur une liste de monuments, mais pour laisser le quartier se dévoiler à son propre rythme, au détour d’une ruelle, d’un jardin inattendu ou d’une terrasse avec vue sur les toits de Paris.



