Il y a des endroits qui vous arrêtent net.
Pas à cause d’une attraction particulière, pas à cause d’un monument classé ou d’une entrée payante, mais simplement parce que la vue depuis la route vous coupe le souffle avant même d’avoir posé un pied dehors.
Motovun, ce petit village accroché à son rocher au milieu de la péninsule istrienne, fait partie de ces endroits-là.
On arrive par une route en lacets qui serpente à travers les collines couvertes de vignes et de forêts de chênes truffiers, et soudain la silhouette médiévale du village apparaît dans le ciel, comme suspendue au-dessus de la vallée de la Mirna. Difficile de rester indifférent.
Un village juché à 277 mètres d’altitude
Motovun se dresse à 277 mètres d’altitude sur une colline isolée qui domine la vallée de la Mirna, dans la partie centrale de l’Istrie croate. Le village compte aujourd’hui à peine quelques centaines d’habitants à l’année, ce qui lui confère une atmosphère particulièrement authentique en dehors de la saison estivale. Pour y accéder, une seule route mène au sommet, et les voitures doivent être garées dans les parkings aménagés en contrebas. La montée à pied jusqu’aux remparts prend une quinzaine de minutes, mais chaque pas vaut le détour.
Ce qui frappe en premier, c’est la muraille médiévale qui entoure le village sur presque toute sa périphérie. Ces remparts, construits et renforcés à plusieurs reprises entre le XIIIe et le XVIe siècle, forment un chemin de ronde praticable depuis lequel le panorama s’étend sur des dizaines de kilomètres à la ronde. Par temps clair, on aperçoit les collines de l’Istrie intérieure jusqu’à la mer Adriatique au loin.
Une histoire qui remonte à l’Antiquité
L’histoire de Motovun est bien plus ancienne que ses remparts médiévaux ne le laissent supposer. Le site était déjà occupé à l’époque préhistorique, et les Romains y avaient établi une présence sous le nom de Montona. Ce nom latin est d’ailleurs resté en usage en italien, langue qui a longtemps coexisté avec le croate dans cette région de carrefour culturel.
Au fil des siècles, Motovun est passé sous la domination de différentes puissances. La République de Venise a exercé son influence sur la ville pendant plusieurs siècles, de 1278 jusqu’à la chute de la Sérénissime en 1797. Cette longue période vénitienne a profondément marqué l’architecture et la culture locale. Le lion de Saint-Marc, symbole emblématique de Venise, est encore visible gravé dans la pierre à plusieurs endroits du village, notamment sur la porte principale qui donne accès au cœur historique.
Après la chute de Venise, la région est passée successivement sous domination austro-hongroise, puis italienne après la Première Guerre mondiale, avant d’être intégrée à la Yougoslavie en 1945 et enfin à la Croatie indépendante en 1991. Cette succession de souverainetés a laissé des traces visibles dans la culture, la gastronomie et même dans les noms des rues.
L’architecture vénitienne au cœur du village
Se promener dans les ruelles de Motovun, c’est se retrouver dans un décor qui n’a presque pas changé depuis plusieurs siècles. Les maisons en pierre grise aux volets colorés se serrent les unes contre les autres le long de ruelles pavées parfois si étroites que deux personnes se croisent à peine. L’influence vénitienne est omniprésente dans les façades, les encadrements de fenêtres et les détails architecturaux.
La place principale, la Trg Andrea Antico, constitue le cœur battant du village. Elle est dominée par l’église Saint-Étienne, construite au début du XVIIe siècle dans un style Renaissance sobre et élégant. Son clocher, qui s’élève au-dessus des toits de tuiles rouges, est visible de très loin dans la vallée et sert de repère pour les voyageurs qui approchent. À côté de l’église, le palais communal du XVIe siècle témoigne de l’organisation municipale de l’époque vénitienne.
Les remparts méritent une attention toute particulière. Construits sur plusieurs niveaux, ils offrent depuis leur chemin de ronde une promenade unique au-dessus des vignes et des forêts. La muraille extérieure, la plus ancienne, date du XIIIe siècle, tandis que la muraille intérieure a été renforcée à l’époque vénitienne. Entre les deux enceintes, un espace intermédiaire servait autrefois de zone de défense.
La truffe noire et blanche, trésor caché sous les chênes
Si Motovun est célèbre pour son architecture, elle l’est tout autant pour ce qui pousse sous terre dans les forêts qui l’entourent. La forêt de Motovun, qui s’étend dans la vallée de la Mirna en contrebas du village, est l’un des territoires les plus réputés d’Europe pour la récolte des truffes. On y trouve à la fois la truffe noire (Tuber melanosporum) et surtout la précieuse truffe blanche d’Istrie (Tuber magnatum), cousine de la célèbre truffe blanche d’Alba.
La saison de la truffe blanche s’étend principalement de septembre à janvier, tandis que la truffe noire se récolte plutôt en été. Les cavatori, ces chercheurs de truffes qui arpentent la forêt avec leurs chiens dressés, perpétuent une tradition ancienne transmise de génération en génération. En 2016, un trufficulteur de la région a mis la main sur une truffe blanche de 1,31 kilogramme, ce qui a fait la une des médias spécialisés.
Cette richesse gastronomique se retrouve naturellement dans les restaurants du village et des alentours. Les pâtes aux truffes, les œufs brouillés à la truffe et les risottos généreusement garnis figurent sur pratiquement toutes les cartes. Les prix restent raisonnables comparés à ce que l’on paierait pour des préparations similaires en France ou en Italie.
Le Festival du Film de Motovun, rendez-vous cinématographique estival
Chaque année, à la fin du mois de juillet, Motovun se transforme en capitale du cinéma indépendant européen. Le Festival International du Film de Motovun, fondé en 1999, attire des cinéphiles, des réalisateurs et des professionnels du secteur venus de toute l’Europe et au-delà. Pendant cinq jours, des films d’auteur, des documentaires et des œuvres de cinéma indépendant sont projetés dans des conditions pour le moins singulières.
La projection principale se déroule en plein air, sur la place du village ou sur les remparts, sous les étoiles. L’atmosphère qui règne pendant le festival est décrite par tous ceux qui y ont participé comme véritablement unique. La combinaison du cadre médiéval, de la nuit d’été istrienne et du grand écran crée une expérience difficile à reproduire ailleurs. Le festival a accueilli au fil des années des personnalités comme Wim Wenders, John Malkovich ou encore Danis Tanović.
Les vins de Motovun et la gastronomie istrienne
La région de Motovun produit des vins qui méritent largement qu’on s’y attarde. Le cépage roi de l’Istrie est le Malvazija istarska, un blanc aromatique aux notes florales et minérales qui accompagne parfaitement les plats à base de truffes et de fruits de mer. On trouve le Teran, un rouge tannique et corsé issu du cépage autochtone du même nom, cultivé sur les sols rouges caractéristiques de la région, appelés terra rossa.
Plusieurs domaines viticoles autour de Motovun proposent des visites et des dégustations. C’est une façon agréable de prolonger la visite du village en s’immergeant dans le paysage agricole istrienne, entre les rangées de vignes et les oliveraies. L’huile d’olive istrienne est d’ailleurs une autre fierté locale, régulièrement primée dans les concours internationaux.
La gastronomie de la région ne se limite pas aux truffes. Les fuži, ces pâtes fraîches en forme de tubes torsadés, sont un incontournable de la cuisine istrienne. Le prosciutto d’Istrie, séché à l’air des collines, rivalise sans complexe avec ses équivalents italiens et espagnols. Les fromages de brebis locaux, affinés parfois avec de l’huile d’olive et des herbes aromatiques, complètent un tableau gastronomique particulièrement généreux.
Comment se rendre à Motovun et organiser sa visite
Motovun se trouve à environ 35 kilomètres au nord-est de Poreč et à 45 kilomètres de Pula, les deux principales villes touristiques de la côte istrienne. La voiture reste le moyen le plus pratique pour s’y rendre, même si des excursions organisées au départ des stations balnéaires côtières sont proposées par de nombreuses agences locales.
Le village se visite à pied, les voitures étant interdites à l’intérieur des remparts. Les parkings en contrebas sont payants en haute saison. La montée à pied jusqu’à la place principale prend entre 10 et 20 minutes selon le point de départ, sur un chemin pavé bien entretenu mais parfois pentu. Des navettes sont disponibles pour les personnes à mobilité réduite.
La meilleure période pour visiter Motovun se situe entre le printemps et le début de l’automne. Le mois de mai offre un village encore peu fréquenté, des températures agréables et les premières terrasses ouvertes. Septembre et octobre sont particulièrement intéressants pour les amateurs de gastronomie, avec le début de la saison des truffes et les vendanges dans les vignobles environnants. En plein été, le village peut être très fréquenté en journée, mais retrouve son calme le soir une fois les cars de touristes repartis.
Passer une nuit sur place dans l’un des petits hôtels ou chambres d’hôtes du village est une expérience que les voyageurs qui l’ont tentée recommandent unanimement. Voir le soleil se coucher sur la vallée de la Mirna depuis les remparts, puis se retrouver seul dans les ruelles éclairées à la bougie une fois la foule diurne disparue, c’est une tout autre façon de comprendre ce que Motovun a vraiment à offrir.



