Il y a des endroits dans le monde où le calendrier ne dicte pas vraiment les saisons.
Les îles Canaries font partie de ces territoires un peu à part, suspendus entre deux hémisphères climatiques, où l’on arrive en pull dans la valise pour finalement ne jamais le sortir.
Octobre, ce mois que beaucoup d’Européens associent aux premières gelées matinales et aux feuilles qui tombent, prend ici une tout autre signification.
Le soleil tape encore, la mer reste accueillante, et les terrasses restent pleines jusqu’à tard dans la soirée.
Ce n’est pas de la publicité touristique, c’est simplement la géographie.
Une position géographique qui change tout
Pour comprendre pourquoi octobre aux Canaries ressemble à juillet sous d’autres latitudes, il faut regarder une carte. L’archipel est situé dans l’océan Atlantique, à environ 100 kilomètres des côtes du Maroc et de la Mauritanie. On est en réalité bien plus proche de l’Afrique que de l’Espagne continentale dont les îles dépendent administrativement. Cette proximité avec le continent africain, combinée à l’influence de l’alizé, ce vent régulier qui souffle depuis le nord-est, crée un microclimat particulièrement stable tout au long de l’année.
La latitude joue un rôle fondamental. Les Canaries se trouvent entre les 27e et 29e degrés de latitude nord, ce qui les place dans une zone subtropicale. À titre de comparaison, c’est à peu près la même latitude que Miami ou que les régions désertiques du Sahara occidental. L’ensoleillement annuel dépasse régulièrement les 3 000 heures sur des îles comme Fuerteventura ou Lanzarote, ce qui en fait l’une des destinations les plus ensoleillées d’Europe au sens administratif du terme.
Les températures en octobre : ce que disent les chiffres
Les moyennes météorologiques relevées sur plusieurs décennies parlent d’elles-mêmes. En octobre, les températures diurnes oscillent généralement entre 22 et 27 degrés Celsius selon les îles et selon l’exposition des côtes. Les nuits restent douces, rarement en dessous de 18 à 19 degrés, ce qui permet de dîner dehors sans la moindre hésitation.
La température de l’eau mérite une attention particulière. En octobre, la mer autour des Canaries affiche encore entre 22 et 24 degrés, des valeurs qui permettent de se baigner confortablement sans combinaison. C’est précisément cette douceur de l’eau qui fait que les familles avec enfants et les amateurs de plongée continuent d’affluer sur l’archipel bien après la fin de l’été européen classique.
| Île | Température moyenne en octobre (°C) | Température de l’eau (°C) | Ensoleillement moyen (heures/jour) |
|---|---|---|---|
| Tenerife | 24 | 23 | 7 |
| Gran Canaria | 24 | 23 | 7 |
| Fuerteventura | 25 | 23 | 8 |
| Lanzarote | 25 | 23 | 8 |
| La Palma | 23 | 22 | 6 |
Octobre, le mois idéal selon les habitués
Ceux qui connaissent bien les Canaries ont souvent une préférence marquée pour la période d’octobre. Non pas parce que c’est le moment le plus chaud de l’année, juillet et août restent plus intenses thermiquement, mais parce que c’est un mois qui cumule plusieurs avantages difficiles à trouver simultanément ailleurs.
La fréquentation touristique commence à baisser par rapport au pic estival. Les plages sont moins bondées, les files d’attente devant les attractions raccourcissent, et les prix de l’hébergement ont tendance à redescendre légèrement après les tarifs gonflés de l’été. Un voyageur qui arrive à Las Palmas de Gran Canaria ou à Santa Cruz de Tenerife en octobre retrouve une atmosphère plus détendue, plus locale aussi, les résidents permanents ayant repris possession de leurs espaces habituels.
Il y a quelque chose d’agréable dans la lumière d’octobre aux Canaries. Le soleil est légèrement moins zénithal qu’en plein été, les ombres sont un peu plus longues en fin d’après-midi, et cette lumière dorée particulière que les photographes recherchent est particulièrement présente. Les paysages volcaniques de Lanzarote, les dunes de Corralejo sur Fuerteventura, ou les falaises de Los Gigantes sur Tenerife prennent des teintes différentes, presque plus dramatiques qu’en plein été.
Les différences entre les îles en octobre
L’archipel canarien ne forme pas un bloc homogène. Chaque île a sa propre personnalité climatique, et ces différences se ressentent particulièrement à l’automne.
Fuerteventura et Lanzarote, les plus arides
Fuerteventura et Lanzarote sont les îles les plus proches du continent africain et les plus désertiques de l’archipel. En octobre, elles bénéficient d’un ensoleillement maximal et d’une pluviométrie quasi nulle. Le vent, omniprésent sur Fuerteventura, peut être plus marqué à cette période, ce qui en fait un paradis pour les amateurs de kitesurf et de windsurf. La plage de Sotavento accueille d’ailleurs des compétitions internationales à cette période de l’année.
Tenerife et Gran Canaria, le meilleur des deux mondes
Tenerife et Gran Canaria offrent une diversité de paysages et de microclimats plus importante. Le nord de ces îles, plus montagneux et plus humide, peut connaître quelques passages nuageux en octobre, tandis que le sud reste quasi systématiquement ensoleillé. C’est d’ailleurs dans le sud de Tenerife, autour de Los Cristianos et de Playa de las Américas, et dans le sud de Gran Canaria, autour de Maspalomas, que se concentrent la majorité des complexes hôteliers destinés aux touristes en quête de soleil garanti.
La Gomera, El Hierro et La Palma, pour les amateurs de nature
Les îles occidentales de l’archipel, La Gomera, El Hierro et La Palma, sont plus vertes, plus humides, et moins fréquentées. Octobre y est une excellente période pour la randonnée. Les sentiers du Parc National de Garajonay sur La Gomera, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, sont particulièrement beaux à cette saison. La végétation laurifère, cette forêt primitive qui a survécu aux glaciations, prend des couleurs particulières quand l’humidité de l’alizé vient envelopper les sommets.
Que faire aux Canaries en octobre
La question ne se pose presque pas, tant les possibilités sont nombreuses. La mer reste suffisamment chaude pour pratiquer la plongée sous-marine, le snorkeling, le paddle ou simplement la baignade. Les fonds marins des Canaries comptent parmi les plus riches de l’Atlantique oriental, avec des espèces comme le ange de mer des Canaries, les tortues caouannes ou les raies pastenagues que l’on peut observer régulièrement.
Pour les amateurs de randonnée, octobre est probablement le meilleur mois de l’année. Les températures sont suffisamment fraîches en altitude pour marcher confortablement, notamment sur les sentiers qui montent vers le Teide, le volcan de Tenerife qui culmine à 3 718 mètres et constitue le point culminant du territoire espagnol. L’ascension au sommet nécessite un permis, mais les balades dans le Parc National du Teide restent accessibles à tous et offrent des panoramas saisissants sur les îles voisines.
Les amateurs de gastronomie locale trouveront leur bonheur. Octobre coïncide avec le début de la saison des châtaignes dans certaines zones d’altitude, notamment à La Palma et dans le nord de Tenerife. Les marchés locaux commencent à proposer des produits d’automne qui contrastent joliment avec l’ambiance encore estivale des côtes.
Les vols et les prix : une équation favorable
D’un point de vue pratique, octobre représente une fenêtre intéressante pour le budget voyage. Les compagnies aériennes européennes, notamment les low-cost comme Ryanair, Vueling, easyJet ou Transavia, maintiennent des liaisons fréquentes vers les différentes îles depuis de nombreuses villes françaises, belges et suisses. Les prix des billets sont généralement inférieurs à ceux pratiqués en juillet et août, et les hébergements suivent la même tendance.
La durée de vol depuis la France métropolitaine est d’environ 3h30 à 4 heures selon l’île de destination, ce qui en fait une destination accessible pour un séjour d’une semaine sans que le voyage lui-même ne soit épuisant. Pour les familles, c’est un argument non négligeable : les enfants arrivent reposés et peuvent profiter dès le premier jour.
Un tourisme qui s’étale sur toute l’année
Les îles Canaries accueillent chaque année plus de 13 millions de touristes, un chiffre qui en fait l’une des destinations les plus visitées d’Europe. Ce qui distingue l’archipel d’autres destinations méditerranéennes, c’est précisément cette capacité à attirer des visiteurs douze mois sur douze. En octobre, on croise sur les plages une clientèle mélangée : des familles britanniques et allemandes qui ont attendu la fin des grandes vacances scolaires, des retraités français qui fuient les premières pluies automnales, des jeunes couples qui profitent des prix plus accessibles, et des sportifs qui viennent s’entraîner dans des conditions climatiques idéales.
Cette permanence du tourisme a façonné l’économie locale de manière profonde. Les infrastructures hôtelières, les restaurants, les activités nautiques, tout fonctionne à plein régime en octobre, contrairement à ce que l’on peut observer dans des stations balnéaires méditerranéennes qui ferment leurs volets dès la mi-septembre. Aux Canaries, la saison ne se termine pas, elle se transforme légèrement, devient un peu plus locale, un peu plus authentique peut-être, mais reste entièrement ouverte.
Pour ceux qui n’ont jamais essayé l’expérience d’un séjour en dehors des mois d’été traditionnels, octobre aux Canaries constitue une découverte qui remet en question beaucoup d’idées reçues sur le tourisme saisonnier. On rentre bronzé, reposé, avec l’impression d’avoir triché sur le calendrier. Et quelque part, c’est exactement ça.



