Le Château d’Eu se dresse fièrement dans la petite ville d’Eu, en Seine-Maritime.

    Résidence favorite de la famille d’Orléans au XIXe siècle, ce monument raconte plus de dix siècles d’histoire française.

    Ses murs ont accueilli des personnages illustres comme Louis-Philippe, dernier roi des Français, et la reine Victoria lors de ses visites en France.

    Aujourd’hui transformé en musée, il offre aux visiteurs un voyage dans le temps à travers ses collections exceptionnelles et son architecture préservée.

    Les origines médiévales du Château d’Eu

    L’histoire du Château d’Eu commence au Xe siècle. À cette époque, le comte de Flandre, Arnoul Ier, fait construire une première forteresse en bois sur une colline dominant la vallée de la Bresle. Cette position stratégique permettait de surveiller la frontière entre la Normandie et la Picardie.

    Au XIIe siècle, Henri Ier Beauclerc, roi d’Angleterre et duc de Normandie, ordonne la construction d’un château en pierre pour remplacer l’ancienne structure en bois. Cette nouvelle forteresse, plus imposante, marque véritablement la naissance du château que nous connaissons aujourd’hui.

    Durant la Guerre de Cent Ans, le château subit plusieurs sièges et destructions partielles. En 1475, il est incendié par les troupes de Louis XI pour éviter qu’il ne tombe aux mains des Anglais. Cette période tumultueuse laisse le château dans un état de délabrement avancé.

    La renaissance sous les Guise

    C’est au XVIe siècle que le château connaît une véritable renaissance. En 1578, Henri de Guise, dit le Balafré, hérite du comté d’Eu et entreprend d’importants travaux de reconstruction. Il transforme l’ancienne forteresse médiévale en une résidence plus confortable, dans le style Renaissance de l’époque.

    Son fils, Charles de Guise, poursuit l’œuvre de son père en ajoutant de nouvelles ailes et en embellissant les jardins. Sous sa direction, le château devient l’un des plus beaux de Normandie, rivalisant avec les grandes demeures princières de l’époque.

    En 1660, Anne-Marie-Louise d’Orléans, connue sous le nom de la Grande Mademoiselle, cousine de Louis XIV, devient propriétaire du château. Elle y apporte sa touche personnelle en réaménageant certaines parties du bâtiment et en enrichissant les collections d’art.

    L’âge d’or sous Louis-Philippe

    La période la plus faste du Château d’Eu commence en 1821, lorsque Louis-Philippe d’Orléans, futur roi des Français, en hérite. Après son accession au trône en 1830, il fait du château sa résidence d’été préférée et y entreprend d’importants travaux de rénovation.

    Sous sa direction, le château est profondément transformé : modernisation des appartements, installation du chauffage central, création d’une bibliothèque contenant plus de 40 000 volumes, aménagement d’un théâtre privé. Les jardins sont redessinés dans le style anglais, très en vogue à l’époque.

    Les visites royales britanniques

    Le Château d’Eu entre dans l’histoire diplomatique européenne lorsque Louis-Philippe y reçoit la reine Victoria d’Angleterre en 1843, puis en 1845. Ces visites, premières d’un souverain britannique en France depuis plus de trois siècles, marquent le début de l’Entente cordiale entre les deux pays.

    Pour ces occasions exceptionnelles, le château est somptueusement décoré. Des fêtes grandioses sont organisées, dont des bals, des concerts et des chasses dans la forêt d’Eu. Les chroniques de l’époque décrivent l’atmosphère fastueuse qui régnait alors au château.

    « Je n’oublierai jamais les jours heureux passés au Château d’Eu », aurait écrit la reine Victoria dans son journal après sa première visite.

    Le déclin et la renaissance du château

    Après la révolution de 1848 et l’exil de Louis-Philippe, le château est confisqué par l’État français. En 1852, Napoléon III le restitue à la famille d’Orléans, mais celle-ci, vivant en exil, ne peut en profiter.

    En 1886, le comte de Paris, petit-fils de Louis-Philippe, est à son tour contraint à l’exil par les lois d’expulsion visant les prétendants au trône. Le château reste alors inhabité pendant plusieurs années.

    Un terrible incendie ravage une partie du château en 1902, détruisant notamment la chapelle et l’aile nord. Malgré cette catastrophe, la famille d’Orléans entreprend des travaux de restauration, mais le château ne retrouve jamais son faste d’antan.

    La transformation en musée

    En 1964, face aux coûts d’entretien devenus trop importants, Henri d’Orléans, comte de Paris, fait don du château à la ville d’Eu. Cette dernière décide alors de le transformer en musée, permettant ainsi au public de découvrir ce joyau du patrimoine normand.

    Le Musée Louis-Philippe ouvre ses portes en 1973, présentant des collections exceptionnelles liées à la famille d’Orléans : mobilier d’époque, tableaux, objets d’art, souvenirs historiques. Une partie du château est consacrée à l’histoire de la ville d’Eu et de ses relations avec le Brésil, notamment à travers la figure de l’impératrice Amélie de Leuchtenberg, épouse de Pedro Ier du Brésil et fille adoptive de Louis-Philippe.

    L’architecture remarquable du Château d’Eu

    Le Château d’Eu présente une architecture composite, témoignant des différentes époques de sa construction et des goûts de ses propriétaires successifs.

    L’extérieur du château

    Vu de l’extérieur, le château se présente comme un vaste quadrilatère entourant une cour d’honneur. La façade principale, reconstruite au XIXe siècle dans un style néo-Renaissance, est ornée de briques rouges et de pierres blanches, créant un effet décoratif caractéristique de l’architecture normande.

    Les toitures en ardoise, ponctuées de hautes cheminées et de lucarnes ouvragées, confèrent au bâtiment une silhouette élégante qui se détache sur le ciel normand. Les angles du château sont marqués par des tours rondes, vestige de son passé défensif.

    Les intérieurs

    À l’intérieur, les visiteurs peuvent admirer une succession de salles somptueuses, témoignant du raffinement de la vie de cour au XIXe siècle :

    • La Galerie des Guise, ornée de portraits des anciens propriétaires du château
    • Le Grand Salon, décoré de boiseries dorées et de tapisseries des Gobelins
    • La Salle à manger royale, où furent reçus les plus grands personnages de l’époque
    • La Bibliothèque, avec ses rayonnages en chêne et ses volumes précieux
    • Les Appartements royaux, meublés comme à l’époque de Louis-Philippe

    Les plafonds à caissons, les parquets en marqueterie et les cheminées monumentales complètent ce décor d’exception, offrant aux visiteurs un véritable voyage dans le temps.

    Le parc et les jardins

    Le Château d’Eu est entouré d’un magnifique parc de 28 hectares, dessiné au XIXe siècle par le paysagiste Louis-Sulpice Varé, créateur du Bois de Boulogne à Paris.

    Ce parc à l’anglaise, avec ses allées sinueuses, ses bosquets et ses arbres centenaires, offre de belles perspectives sur le château et la ville d’Eu. On y trouve notamment :

    • Un jardin à la française, avec ses parterres géométriques et ses topiaires
    • Une orangerie du XVIIIe siècle, aujourd’hui transformée en salle d’exposition
    • Un théâtre de verdure, où sont organisés des spectacles en été
    • Des statues et fontaines ornementales disséminées dans le parc

    Le parc est prolongé par la forêt d’Eu, ancienne réserve de chasse royale, qui s’étend sur plus de 9 000 hectares. Cette forêt, riche en chênes, hêtres et charmes, abrite une faune diversifiée et offre de nombreuses possibilités de randonnées.

    Le Château d’Eu aujourd’hui : un patrimoine vivant

    Aujourd’hui, le Château d’Eu est bien plus qu’un simple musée. C’est un lieu de vie culturelle intense, qui propose tout au long de l’année :

    • Des expositions temporaires sur des thèmes historiques ou artistiques
    • Des concerts de musique classique dans la galerie des Guise
    • Des reconstitutions historiques évoquant la vie au château à différentes époques
    • Des ateliers pédagogiques pour les scolaires
    • Des visites guidées thématiques permettant de découvrir des aspects méconnus du château

    Le château accueille des événements privés comme des mariages ou des séminaires d’entreprise, contribuant ainsi à sa pérennité économique.

    En 2018, d’importants travaux de restauration ont été entrepris pour préserver ce patrimoine exceptionnel. La toiture et certaines façades ont été rénovées, permettant au château d’affronter les siècles à venir dans les meilleures conditions.

    Un lieu incontournable du tourisme normand

    Le Château d’Eu s’inscrit dans un riche parcours touristique en Normandie. Situé à proximité de la côte d’Albâtre, il complète parfaitement la visite des falaises d’Étretat, du port de Dieppe ou des plages du Tréport.

    Pour les amateurs d’histoire et d’architecture, il forme avec le Château d’Arques-la-Bataille et celui de Martainville un triangle d’or du patrimoine normand, permettant de découvrir différentes facettes de l’architecture castrale de la région.

    Chaque année, plus de 50 000 visiteurs franchissent les portes du château, faisant de lui l’un des sites culturels les plus fréquentés de Seine-Maritime. Parmi eux, de nombreux Britanniques, attirés par l’histoire commune entre leur pays et ce lieu chargé de souvenirs.

    Le Château d’Eu reste ainsi un ambassadeur de l’histoire et de la culture normande, un trait d’union entre passé et présent, entre France et Angleterre. Plus qu’un simple monument, c’est un livre d’histoire à ciel ouvert, un témoin majestueux des grands événements qui ont façonné la Normandie et la France.

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    mm

    J'aime capturer la beauté du monde à travers mon objectif. Mes photos parlent d’elles-mêmes, immortalisant les moments uniques de mes voyages. Amateur de paysages époustouflants et d’instants authentiques, je sais transmettre l’émotion de chaque endroit visité.