À quelques dizaines de kilomètres au nord-est de Madère, il existe une île que beaucoup de voyageurs ont longtemps ignorée, trop pressés de rejoindre sa grande voisine.
Porto Santo est pourtant une destination qui mérite qu’on s’y attarde, non pas parce qu’elle cherche à impressionner, mais précisément parce qu’elle n’en a pas besoin.
Neuf kilomètres de plage de sable doré, un soleil généreux, une mer d’un bleu presque irréel et une tranquillité que l’on ne trouve plus facilement en Europe.
Ce sont ces éléments simples, presque évidents, qui font de cette petite île de l’archipel de Madère un endroit dont on se souvient longtemps après en être parti.
Une île qui raconte une histoire
Porto Santo est une île chargée d’histoire, bien plus qu’on ne pourrait le penser au premier regard. C’est ici que Christophe Colomb a vécu plusieurs années, entre 1478 et 1484 environ, après avoir épousé Filipa Moniz Perestrelo, fille du premier gouverneur de l’île. La maison dans laquelle il aurait résidé a été transformée en musée, la Casa Museu Cristóvão Colombo, et elle accueille chaque année des milliers de visiteurs curieux de retracer les pas de l’explorateur génois avant ses grandes traversées atlantiques.
L’île a été découverte en 1418 par les navigateurs portugais João Gonçalves Zarco et Tristão Vaz Teixeira, envoyés par l’infant Henri le Navigateur. Elle fut l’une des premières terres découvertes lors des grandes explorations portugaises, ce qui lui confère une place particulière dans l’histoire maritime de l’Europe. Aujourd’hui, ce passé est encore bien présent dans les rues de Vila Baleira, la capitale de l’île, où l’architecture et les monuments rappellent cette époque fondatrice.
La plage de Porto Santo, un trésor naturel reconnu
Si Porto Santo est connue pour une chose avant tout, c’est bien pour sa plage. Longue de près de 9 kilomètres, elle s’étire le long de la côte sud de l’île dans une continuité rare. Le sable y est fin, d’une couleur dorée chaude, et sa composition est particulièrement intéressante : riche en carbonates de calcium, en magnésium et en d’autres minéraux, il est réputé pour ses propriétés thérapeutiques. Les habitants eux-mêmes en parlent avec une certaine fierté, évoquant ses bienfaits sur les douleurs articulaires et rhumatismales.
Des études scientifiques ont effectivement confirmé que le sable de Porto Santo possède des propriétés anti-inflammatoires. Des bains de sable sont pratiqués sur place, une tradition locale qui attire des personnes en quête de bien-être. L’île a d’ailleurs développé une offre de tourisme de santé autour de cette particularité, avec des établissements spécialisés proposant des soins à base de sable marin.
La mer, de son côté, est d’une clarté remarquable. Les eaux de l’océan Atlantique autour de Porto Santo sont relativement calmes sur la côte sud, ce qui en fait un endroit idéal pour la baignade, le snorkeling ou simplement pour flotter sans effort en regardant le ciel. La température de l’eau avoisine les 22°C en été, ce qui rend la baignade agréable sur une longue période de l’année.
Un climat qui joue en sa faveur
Porto Santo bénéficie d’un climat subtropical particulièrement agréable. Les étés sont chauds et secs, les hivers doux et peu pluvieux. L’île reçoit en moyenne plus de 2 700 heures d’ensoleillement par an, ce qui la place parmi les destinations les plus ensoleillées de l’Atlantique nord. Cette donnée n’est pas anodine pour les voyageurs européens qui cherchent à fuir les ciels gris de l’automne ou du printemps.
Contrairement à Madère, dont le relief montagneux génère une météo plus capricieuse et contrastée, Porto Santo est une île beaucoup plus plate, ce qui favorise un ensoleillement homogène sur l’ensemble du territoire. Le vent peut parfois se faire sentir, mais il contribue à rendre la chaleur supportable même en plein été.
Vila Baleira, une capitale à taille humaine
Vila Baleira est le cœur battant de Porto Santo. Avec une population d’environ 5 000 habitants, la ville a gardé une échelle humaine qui tranche avec l’agitation des grandes destinations balnéaires. Les rues sont propres, les façades blanches, les terrasses de café accueillantes. On y trouve tout le nécessaire pour un séjour confortable sans pour autant se retrouver dans un environnement surchargé ou artificiellement touristique.
La Praça do Município, la place principale de la ville, est un bon point de départ pour explorer les environs. L’église Nossa Senhora da Piedade, construite au XVe siècle, témoigne de l’ancienneté de la présence humaine sur l’île. À quelques pas, la Casa Museu Cristóvão Colombo mérite une visite d’une heure ou deux pour comprendre le lien historique entre l’île et le célèbre navigateur.
Une nature préservée et des paysages surprenants
Porto Santo n’est pas qu’une plage. L’intérieur de l’île réserve des surprises à ceux qui prennent la peine de s’y aventurer. Le Pico do Facho, point culminant de l’île à 517 mètres, offre un panorama exceptionnel sur l’ensemble de Porto Santo et, par temps clair, sur les îlots environnants comme les Ilhas Desertas. La montée est accessible à pied ou en voiture, et la vue depuis le sommet justifie à elle seule le détour.
La végétation de Porto Santo est différente de celle de Madère. Plus aride, plus sauvage, elle rappelle par endroits les paysages des îles Canaries. Des efforts de reboisement ont été entrepris depuis plusieurs décennies, notamment avec la plantation de pins et d’autres espèces adaptées au climat sec de l’île. Ces zones boisées offrent de l’ombre et des sentiers de randonnée agréables pour ceux qui souhaitent explorer l’île autrement qu’en voiture.
Les côtes nord et est de l’île présentent un visage plus sauvage, avec des falaises, des criques isolées et des formations rocheuses spectaculaires. La Ponta da Calheta, à l’extrémité ouest de la grande plage, est l’un des endroits les plus photographiés de l’île, avec ses rochers rougeâtres qui contrastent avec le bleu de l’océan.
Comment se rendre à Porto Santo
L’accès à Porto Santo se fait principalement de deux façons. La première est l’avion : l’île dispose de son propre aéroport international, le Aéroport de Porto Santo, qui accueille des vols directs depuis Lisbonne, Porto et Funchal, ainsi que des vols charters depuis plusieurs villes européennes en saison estivale. La compagnie TAP Air Portugal assure des liaisons régulières avec le continent.
La seconde option est la traversée en ferry depuis Funchal. Le Porto Santo Line propose une liaison maritime quotidienne en haute saison, avec une traversée d’environ 2h30. Cette option est particulièrement appréciée des voyageurs qui souhaitent combiner un séjour à Madère et à Porto Santo, ou simplement de ceux qui aiment l’idée d’arriver par la mer. Le trajet en bateau permet d’ailleurs d’apercevoir les côtes des deux îles dans des conditions souvent magnifiques.
Quand partir pour profiter pleinement de l’île
Porto Santo se visite pratiquement toute l’année, mais les meilleures périodes restent le printemps et l’été. De mai à octobre, les conditions météorologiques sont idéales pour profiter de la plage et des activités nautiques. Le mois d’août est le plus fréquenté, notamment par les Madériens eux-mêmes qui viennent profiter du sable et du soleil de leur île voisine.
Pour ceux qui préfèrent éviter la foule tout en bénéficiant de bonnes conditions climatiques, les mois de juin et de septembre sont particulièrement recommandés. L’île est moins chargée, les prix de l’hébergement sont plus abordables et l’atmosphère est plus détendue. L’hiver reste doux, avec des températures rarement inférieures à 15°C, ce qui en fait une destination envisageable pour une escapade hors saison.
L’hébergement et la gastronomie locale
L’offre d’hébergement à Porto Santo a évolué ces dernières années. On y trouve désormais des hôtels de différentes catégories, des appartements en location et quelques unités d’hébergement rural pour ceux qui recherchent plus d’authenticité. Le Hotel Torre Praia et le Vila Baleira Resort figurent parmi les établissements les plus connus de l’île, situés à proximité directe de la grande plage.
La gastronomie de Porto Santo est simple et honnête. Les restaurants de Vila Baleira proposent des spécialités de poissons et de fruits de mer fraîchement pêchés. Le thon, omniprésent dans la cuisine de l’archipel de Madère, se retrouve ici sous toutes ses formes. Les lapas, ces coquillages grillés au beurre et à l’ail typiques de la région, sont incontournables. Le vin de Madère, produit sur l’île voisine, accompagne naturellement la plupart des repas.
Une île qui vit à son propre rythme
Ce qui distingue peut-être le plus Porto Santo des autres destinations balnéaires européennes, c’est son rapport au temps. Ici, rien ne presse. Les habitants ont une façon de vivre qui invite au ralentissement, à la contemplation, à la simplicité. Les journées s’organisent autour de la plage, des repas, des promenades en fin d’après-midi quand la lumière devient dorée et que la chaleur se fait moins intense.
Les visiteurs qui arrivent avec l’intention de tout voir et de tout faire en repartent souvent avec un sentiment différent de celui qu’ils attendaient. Porto Santo ne se consomme pas, elle se vit. Elle n’offre pas de parcs d’attractions ni de vie nocturne débordante. Elle offre quelque chose de plus rare : l’espace, le silence, la mer et la lumière. Et pour beaucoup, c’est exactement ce dont ils avaient besoin sans le savoir.



