La Corse ne ressemble à aucune autre destination méditerranéenne.
Entre ses montagnes qui plongent brutalement vers la mer, ses villages perchés accrochés à des falaises et ses plages aux eaux turquoise dignes des Caraïbes, l’île offre une diversité de paysages qui surprend même les voyageurs les plus aguerris.
Faire un roadtrip en Corse, c’est accepter de rouler sur des routes sinueuses qui longent des précipices, de s’arrêter toutes les dix minutes parce qu’un panorama vous coupe le souffle, et de comprendre pourquoi les Corses sont si attachés à leur terre.
Il faut compter au minimum deux semaines pour en faire le tour sans se sentir à la va-vite, même si beaucoup de voyageurs avouent repartir avec la sensation d’avoir effleuré la surface.
Les Calanques de Piana : le site le plus spectaculaire de l’île
Classées au patrimoine mondial de l’UNESCO, les Calanques de Piana sont probablement le paysage le plus photographié de Corse, et pour de bonnes raisons. Ces formations rocheuses de granit rose et rouge, sculptées par l’érosion sur des millions d’années, tombent directement dans le golfe de Porto avec une verticalité qui donne le vertige. La route D81 qui les traverse est l’une des plus belles routes côtières d’Europe, et la conduire au coucher du soleil quand la lumière enflamme les rochers reste une expérience difficile à oublier.
Le village de Piana lui-même mérite une halte. Ses maisons aux façades colorées dominent le golfe et offrent un point de vue exceptionnel sur l’ensemble du site. Pour ceux qui veulent aller plus loin, plusieurs sentiers de randonnée permettent de s’enfoncer dans les calanques à pied et de découvrir des criques accessibles uniquement depuis la mer ou par les chemins.
Le Golfe de Porto : entre mer et montagne
Dans la continuité des Calanques de Piana, le Golfe de Porto forme avec elles et la réserve naturelle de Scandola un ensemble inscrit à l’UNESCO depuis 1983. La réserve de Scandola est particulièrement remarquable : inaccessible par voie terrestre, elle ne se visite qu’en bateau depuis Porto ou Calvi. Ses falaises volcaniques rouges, ses eaux cristallines et sa faune marine exceptionnelle en font l’un des endroits les plus préservés de toute la Méditerranée.
Le village de Porto sert de base idéale pour explorer le secteur. Une tour génoise du XVIe siècle veille sur l’embouchure du fleuve côtier et donne au lieu un caractère historique supplémentaire. Depuis Porto, les excursions en bateau vers Scandola et Girolata partent régulièrement en saison estivale.
Bonifacio : la citadelle suspendue au-dessus du vide
Bonifacio est une ville à part en Corse. Perchée sur des falaises calcaires blanches qui surplombent le détroit séparant l’île de la Sardaigne, la vieille ville haute donne l’impression d’être suspendue dans le vide. Certaines maisons avancent littéralement au-dessus du précipice, leurs fondations creusées dans la roche. La vue depuis l’escalier du roi d’Aragon, taillé directement dans la falaise, est vertigineuse.
En bas, le port de Bonifacio est l’un des plus beaux ports naturels de Méditerranée. Les bateaux de plaisance s’y entassent l’été dans une rade étroite et profonde, encadrée de falaises. Les îles Lavezzi, accessibles en bateau depuis Bonifacio, constituent un parc naturel marin avec des eaux d’une transparence absolue et des rochers de granit polis par la mer.
Corte et la Haute-Corse intérieure : l’âme de l’île
Beaucoup de roadtrippers se concentrent sur le littoral et passent à côté de l’intérieur des terres, qui est pourtant là où bat le vrai cœur de la Corse. Corte, ancienne capitale historique de l’île sous Pascal Paoli au XVIIIe siècle, est la porte d’entrée vers ce territoire montagneux et sauvage. Sa citadelle domine la ville depuis un éperon rocheux et abrite aujourd’hui le Musée de la Corse, incontournable pour comprendre l’histoire et la culture insulaire.
Autour de Corte, les gorges de la Restonica et les gorges du Tavignano offrent des randonnées parmi les plus belles de l’île. Les bergeries de Grotelle, au bout de la route de la Restonica, permettent d’accéder aux lacs de Melo et de Capitello, deux lacs glaciaires d’une beauté saisissante nichés à plus de 1700 mètres d’altitude.
Le Cap Corse : la presqu’île oubliée
Le Cap Corse est une presqu’île de 40 kilomètres de long qui s’étire vers le nord comme un doigt pointé vers le continent. La route qui en fait le tour, la D80, est l’une des plus belles de l’île, alternant entre côte ouest sauvage et battue par les vents et côte est plus douce avec ses petits ports de pêche. Le village de Nonza avec sa plage de sable noir et sa tour génoise, le port de Centuri réputé pour ses langoustes, et le sémaphore de la Serra avec son panorama à 360 degrés sur toute la presqu’île sont les étapes incontournables de ce circuit.
Les tours génoises jalonnent tout le Cap Corse, vestiges d’un système de surveillance côtière mis en place par la République de Gênes entre le XVe et le XVIIe siècle pour protéger l’île des raids barbaresques. On en compte plus d’une soixantaine sur l’ensemble de l’île de Beauté.
La plaine d’Aléria et la côte orientale
La côte orientale est souvent la moins appréciée des visiteurs, jugée trop rectiligne et trop touristique. C’est en partie vrai, mais elle cache des trésors insoupçonnés. Aléria fut la principale ville de Corse sous l’Antiquité romaine, et son musée archéologique installé dans le fort génois de Matra conserve une collection remarquable d’objets grecs, étrusques et romains mis au jour lors des fouilles du site.
Les étangs côtiers de cette partie de l’île, comme l’étang de Diana ou l’étang d’Urbino, sont des zones humides d’une grande richesse ornithologique et produisent des huîtres et des moules réputées. Une halte dans une cabane ostréicole pour déguster des fruits de mer les pieds dans l’eau fait partie des plaisirs simples que la Corse sait offrir.
La Balagne : le jardin de la Corse
La région de la Balagne, dans le nord-ouest de l’île, est surnommée le jardin de la Corse pour ses oliveraies, ses vergers et ses villages perchés particulièrement bien conservés. Sant’Antonino, classé parmi les plus beaux villages de France, est perché à 500 mètres d’altitude sur un piton rocheux et offre une vue panoramique exceptionnelle sur la mer et l’arrière-pays. Pigna, village voisin, s’est réinventé comme un centre artisanal vivant où potiers, luthiers et artisans d’art ont installé leurs ateliers.
La ville de Calvi, capitale de la Balagne, mérite une étape prolongée. Sa citadelle génoise domine une baie magnifique avec en toile de fond les sommets enneigés de l’intérieur. La longue plage de Calvi, ses restaurants de bord de mer et son ambiance estivale contrastent avec le caractère austère et historique de la haute ville.
L’Alta Rocca et les aiguilles de Bavella
Dans le sud de l’île, le massif de Bavella est le terrain de jeu des amateurs de randonnée et d’escalade. Les aiguilles de Bavella, ces pics de granit qui s’élancent vers le ciel à plus de 1600 mètres, forment un paysage d’une grandeur presque irréelle. Le col de Bavella, accessible depuis Zonza ou depuis Solenzara par une route spectaculaire, est l’un des points de passage les plus photographiés de la Corse intérieure.
Le village de Zonza, à proximité, est une bonne base pour explorer l’Alta Rocca, cette région de moyenne montagne aux forêts de pins laricios et aux villages de caractère comme Levie, où le musée de l’Alta Rocca présente notamment les restes de la Dame de Bonifacio, un squelette féminin vieux de 8500 ans découvert dans une grotte près de Bonifacio et qui constitue l’un des plus anciens témoignages de présence humaine en Corse.
Conseils pratiques pour organiser son roadtrip en Corse
Louer une voiture est indispensable pour explorer l’île à son rythme. Les routes corses sont souvent étroites, sinueuses et parfois en mauvais état dans les zones les plus reculées : une voiture compacte est généralement plus pratique qu’un grand véhicule. La meilleure période pour un roadtrip en Corse se situe entre mai et juin ou en septembre, quand les températures sont agréables, les routes moins encombrées et les hébergements plus accessibles qu’en plein juillet-août.
- Réserver les hébergements à l’avance, surtout en haute saison
- Prévoir du temps supplémentaire : les distances semblent courtes sur la carte mais les routes sinueuses allongent considérablement les temps de trajet
- Emporter de l’eau et des provisions pour les randonnées en montagne
- Respecter scrupuleusement les règles de prévention des incendies, notamment l’interdiction de faire des feux en pleine nature
- Goûter aux produits locaux : charcuterie corse, fromages de brebis et de chèvre, vins de l’île et châtaignes sous toutes leurs formes
La Corse est une île qui se mérite. Elle demande du temps, de la patience sur ses routes, et une certaine disposition à accepter de se perdre. Ceux qui lui accordent ces efforts en reviennent rarement indemnes, souvent avec l’envie tenace d’y retourner.



