Il y a des endroits qui marquent durablement ceux qui les visitent. La Camargue est de ceux-là.

    Ce territoire coincé entre les deux bras du Rhône et la Méditerranée n’appartient à aucune catégorie précise : ce n’est ni vraiment la mer, ni vraiment la terre, ni vraiment la Provence même si elle en fait administrativement partie.

    C’est un monde à part, avec ses propres règles, ses propres habitants, ses propres silences.

    Beaucoup de gens pensent connaître la Camargue parce qu’ils ont vu des photos de chevaux blancs ou de flamants roses.

    Mais y mettre les pieds pour la première fois, c’est réaliser que les images ne rendent pas justice à l’immensité et à l’atmosphère particulière de ce delta.

    Un territoire façonné par l’eau et le sel

    La Camargue couvre environ 150 000 hectares dans le département des Bouches-du-Rhône. C’est le plus grand delta d’Europe occidentale, formé par les alluvions déposées par le Rhône au fil des millénaires. Le fleuve a littéralement construit ce territoire en chariant des sédiments depuis les Alpes jusqu’à la mer. Le résultat est un paysage plat, immense, où le ciel prend une place démesurée.

    Le territoire se divise en plusieurs zones distinctes. Au nord, les terres agricoles où l’on cultive principalement le riz et où l’élevage de taureaux et de chevaux reste une tradition vivante. Au centre, les étangs et les marais qui constituent le cœur sauvage de la région. Au sud, les sansouïres, ces étendues de terre salée couvertes de salicornes et d’autres plantes halophytes, qui s’étendent jusqu’aux plages et aux lidos méditerranéens.

    Le sel est omniprésent en Camargue. Les salins de Giraud et ceux d’Aigues-Mortes, exploités par la société Salins du Midi, produisent chaque année des centaines de milliers de tonnes de sel. En été, les tables salantes prennent des teintes roses et orangées spectaculaires dues aux micro-organismes qui prolifèrent dans l’eau saturée. C’est l’un des spectacles visuels les plus étonnants que l’on puisse voir dans cette région.

    La faune camarguaise : bien plus que les flamants roses

    Le flamant rose est devenu le symbole de la Camargue, et il faut reconnaître que voir des centaines, voire des milliers de ces oiseaux regroupés sur un étang a quelque chose d’irréel. La Camargue accueille l’une des plus importantes colonies de flamants roses d’Europe, notamment autour de l’étang de Vaccarès. Mais réduire la faune camarguaise aux flamants serait passer à côté de l’essentiel.

    Le territoire abrite en réalité plus de 400 espèces d’oiseaux recensées, ce qui en fait l’un des sites ornithologiques les plus importants d’Europe. Les hérons cendrés, les aigrettes garzettes, les avocettes élégantes, les sternes, les canards de toutes sortes et les rapaces comme le busard des roseaux y sont présents en nombre. Pour les amateurs d’ornithologie, la Camargue est tout simplement un paradis.

    Les chevaux de Camargue méritent une attention particulière. Cette race ancienne, reconnue comme l’une des plus vieilles races équines du monde, vit en semi-liberté dans les marais. Ces chevaux naissent brun foncé et blanchissent progressivement avec l’âge. Les voir galoper dans les étangs peu profonds, soulevant des gerbes d’eau, est une image que l’on garde longtemps en mémoire.

    Les taureaux de Camargue, noirs et à cornes en forme de lyre, font partie intégrante du paysage. Ils vivent eux aussi en semi-liberté et sont au cœur d’une culture locale forte, celle de la bouvine, pratiquée par les gardians, les cowboys camarguais. Ces éleveurs à cheval perpétuent des traditions pastorales vieilles de plusieurs siècles.

    Le Parc naturel régional de Camargue

    Créé en 1970, le Parc naturel régional de Camargue couvre environ 93 000 hectares et englobe les communes d’Arles et des Saintes-Maries-de-la-Mer. Sa mission est double : préserver les écosystèmes fragiles de ce delta tout en permettant le développement d’activités humaines compatibles avec cette fragilité.

    La gestion du territoire n’est pas simple. La Camargue est soumise à des pressions multiples : agriculture intensive dans certaines zones, tourisme de masse en été, chasse, pêche, extraction de sel industrielle, sans parler des effets du changement climatique qui se manifestent par une montée du niveau de la mer et une salinisation croissante des terres. Le parc tente de trouver des équilibres qui sont parfois difficiles à maintenir.

    La Réserve nationale de Camargue, créée en 1927, est encore plus protégée. Elle couvre environ 13 000 hectares autour de l’étang de Vaccarès et son accès est réglementé. C’est là que se concentre la biodiversité la plus remarquable du territoire.

    Les Saintes-Maries-de-la-Mer, le cœur habité de la Camargue

    Au bout de la route qui traverse les marais, face à la Méditerranée, se trouve Les Saintes-Maries-de-la-Mer. Ce village de quelques milliers d’habitants permanents est le seul vrai bourg de la Camargue profonde. Son église fortifiée du XIIe siècle, qui ressemble davantage à un château qu’à une église, domine les toits blancs du village.

    Le village est célèbre pour son pèlerinage gitan qui se tient chaque année fin mai. Des Roms et des Gitans venus de toute l’Europe se retrouvent ici pour honorer Sainte Sara, la sainte patronne des gens du voyage, dont la statue se trouve dans la crypte de l’église. Ce rassemblement, qui mêle ferveur religieuse, musique flamenco et fête populaire, est l’un des événements les plus singuliers de France.

    En dehors des périodes de pèlerinage et de la haute saison estivale, les Saintes-Maries-de-la-Mer retrouvent une atmosphère plus tranquille et authentique. Les plages qui s’étendent de part et d’autre du village sont larges, sauvages pour certaines, et les couchers de soleil sur la mer y sont d’une beauté remarquable.

    Comment visiter la Camargue sans la massacrer

    La Camargue attire chaque année des millions de visiteurs, et cette fréquentation pose des problèmes réels. En juillet et août, les routes qui traversent le parc sont encombrées, les parkings saturés, et certains sites naturels souffrent visiblement du piétinement. Visiter la Camargue hors saison, au printemps ou en automne, change radicalement l’expérience.

    Le vélo est sans doute le meilleur moyen d’explorer le territoire. Des pistes cyclables et des chemins permettent de s’aventurer dans des zones inaccessibles en voiture. On peut ainsi s’arrêter quand on veut, s’éloigner des routes principales et observer la faune sans la déranger excessivement. Plusieurs loueurs de vélos sont installés aux Saintes-Maries-de-la-Mer et à Arles.

    Les promenades à cheval sont une autre façon de vivre la Camargue autrement. Plusieurs manades proposent des randonnées équestres qui permettent de s’enfoncer dans les marais en suivant des itinéraires que seuls les gardians connaissent vraiment. C’est une expérience physiquement accessible même pour les débutants et qui donne une perspective complètement différente sur le territoire.

    Pour l’observation des oiseaux, quelques points sont particulièrement intéressants :

    • Le Pont de Gau, où se trouve un parc ornithologique qui permet d’observer les flamants roses et de nombreuses autres espèces à très courte distance
    • Les digues autour de l’étang de Vaccarès, accessibles à pied ou à vélo
    • Les salins de Giraud en fin d’après-midi, quand la lumière est dorée et que les oiseaux sont particulièrement actifs
    • Le secteur de Méjanes, sur la rive nord de l’étang de Vaccarès

    Arles, la porte d’entrée incontournable

    On ne peut pas parler de la Camargue sans mentionner Arles, la ville qui en constitue la porte d’entrée nord. Cette ville romaine d’une richesse patrimoniale exceptionnelle, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, mérite largement une étape de plusieurs jours. Son amphithéâtre du Ier siècle, ses thermes de Constantin, son théâtre antique et ses nombreux musées en font une destination à part entière.

    Arles est aussi indissociable de Vincent van Gogh, qui y séjourna de 1888 à 1889 et y produisit certaines de ses œuvres les plus célèbres. La Fondation Vincent van Gogh, installée dans un hôtel particulier du centre-ville, propose des expositions temporaires de grande qualité. La ville a inauguré en 2021 le parc des ateliers, un vaste complexe culturel installé dans d’anciennes usines ferroviaires, qui accueille notamment les collections de la Fondation Luma, avec sa tour spectaculaire signée Frank Gehry.

    Ce que l’on mange en Camargue

    La gastronomie camarguaise est ancrée dans le territoire de façon très directe. Le riz de Camargue, cultivé depuis le XVIe siècle et bénéficiant d’une indication géographique protégée, est la base de nombreuses recettes locales. Il en existe plusieurs variétés, dont le riz rouge de Camargue, au goût de noisette, qui est devenu un produit emblématique de la région.

    La telline, ce petit coquillage que l’on ramasse sur les plages de sable fin, est un incontournable de la cuisine locale. Poêlées à l’ail et au persil, les tellines sont servies dans presque tous les restaurants du territoire. Le taureau de Camargue, dont la viande bénéficie d’une appellation d’origine protégée depuis 1996, est très présent dans les menus locaux, souvent préparé en gardiane, un ragoût mijoté aux olives et aux herbes de Provence.

    Le sel de Camargue, et notamment la fleur de sel récoltée à la main en surface des tables salantes, est un condiment recherché que l’on peut acheter directement dans les salins ou dans les nombreuses boutiques du territoire. C’est un souvenir local qui a le mérite d’être authentique et de qualité.

    La meilleure période pour partir

    La question revient souvent et la réponse est assez claire : avril-mai et septembre-octobre sont les meilleures périodes pour découvrir la Camargue. Au printemps, la végétation est verte, les oiseaux migrateurs sont présents en grand nombre, les flamants roses commencent leur période de nidification et les températures sont agréables sans être étouffantes. En automne, les lumières sont magnifiques, les foules ont disparu et de nombreux oiseaux migrateurs font une halte dans les étangs.

    L’été reste possible mais il faut accepter la chaleur souvent intense, les moustiques qui peuvent rendre certaines zones infréquentables en soirée, et une fréquentation touristique qui transforme les Saintes-Maries-de-la-Mer en station balnéaire bondée. L’hiver a ses propres charmes, avec des paysages épurés et une atmosphère mélancolique, mais certains hébergements et restaurants ferment leurs portes entre novembre et mars.

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    mm

    J'adore dénicher des coins cachés dans les grandes métropoles. Toujours en quête de nouveautés, j'aime m’immerger dans la culture locale et découvrir les facettes inattendues des villes que j'explore. Si vous cherchez des idées pour une escapade citadine originale, suivez-moi.